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"e-administration,
peut mieux faire", c'était en 2002.

ailleurs sur le web

le rapport sort en librairie aux éditions Berger levrault. Egalement disponible chez Amazon. Edition enrichie par rapport au rapport initial. (4/8/2003)

le rapport :
L'hyper-république,
bâtir l'administration en réseau autour du citoyen

les NTIC publiques ont suscité de nombreux rapports antérieurs.

Pierre de La Coste, le CV.

Vers un web public centré sur les services au citoyen,
éditorial paru sur "net-territorial"

Interview d'henri Plagnol sur "net-territorial"

L'hyper-république ou le déclin ?

page créée le: 02/03/2003
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Résumé: A l'occasion de la sortie du rapport officiel "L'hyper-république", de Pierre de La Coste, auquel j'ai activement collaboré, voyons quelles sont les raisons qui expliquent pourquoi l'administration électronique, en France, connaît des difficultés pour prendre son envol.

E-administration, peut mieux faire, année 2....

Rapport officiel - L'an dernier, j'avais publié une courte analyse de l'état de l'administration électronique Française, à l'occasion de la remise des électrophées. J'ai eu l'occasion de travailler plus avant sur ce sujet, ayant collaboré avec Pierre de La Coste sur le rapport "L'hyper-république, bâtir l'administration en réseau autour du citoyen", commandé par Henri Plagnol, secrétaire d'état à la réforme de l'état, document dont je suis officiellement le... rapporteur (on ne rit pas, le langage de l'administration française est ainsi fait - traduire: co-auteur minoritaire). Cela explique entre autres la léthargie de veblog depuis octobre, on ne peut pas être partout !

Dans la moyenne, sans plus - Au cours de notre étude, nous avons pu constater que la situation de l'e-administration française n'était guère meilleure que l'an passé. Sans tomber dans l'auto flagellation, il faut reconnaître que malgré les beaux discours entendus depuis 5 ans, les réalisations de notre pays en matière d'e-administration nous placent dans l'honnête moyenne des pays industrialisés, mais pas dans le peloton de tête. Si vous n'avez pas le temps de lire le rapport, bien qu'il soit relativement court (nous l'avons voulu percutant et sans langue de bois), voici brièvement ce que l'on peut en retenir:

Eléments d'observation

  • Bien que la France ait accumulé une certaine avance en terme de services en ligne grâce au minitel, elle n'a pas su transformer cette expérience pour exceller sur Internet. Des études diverses (Taylor Nelson Sofres, Cap Gemini...) montrent une chute inexorable de la France dans le classement de la qualité des services offerts par les administrations en ligne.
  • Comme dans d'autres pays, les services permettant de récolter de l'argent pour l'état (téléTVA, impôts en ligne, déclarations sociales en ligne), ou d'organiser des flux financiers de grande ampleur (services liés à la carte Sesam Vitale) ont été initiés et voient leur qualité progresser, et bénéficient de bons moyens pour leur développement.  
  • En revanche, le développement des services destinés à simplifier et améliorer la qualité de la relation entre administration et usagers est perfectible.  
  • Quelques expériences locales ont été remarquables, mais les différents acteurs publics semblent incapables de reproduire les meilleures réalisations à une échelle nationale.  

Diagnostic : pourquoi un bilan si mitigé

Pourquoi, alors que nous avions des atouts incontestables pour être leaders mondiaux dans le domaine de l'administration électronique, sommes nous en train de perdre pied ?

  • L'administration française n'est pas un bloc monolithique. C'est un agrégat de chapelles compartimentées qui répugne souvent au travail transversal. Le résultat est qu'elle est actuellement en train de reproduire en matière d'e-administration les schémas verticaux qui caractérisent son fonctionnement, en plaquant les technologies du web sur ses structures et procédures existantes, sans profiter de l'occasion pour effectuer un re-engineering en profondeur. Cet écueil a déjà été souligné par plusieurs rapports antérieurs.
  • La qualité du niveau de préoccupation du management de la haute fonction publique par rapport aux systèmes d'information laisse souvent à désirer, même si de brillantes exceptions sont à souligner. Nous notons une amélioration lente dans ce domaine, mais qui tranche singulièrement avec le volontarisme et l'extrême compétence en management des systèmes d'information affichés par de nombreux dirigeants d'agences publiques étrangères, notamment aux USA ou en Angleterre.  
  • Pas de management efficace des compétences dans le domaine des NTIC.
  • Trop d'organismes en charge d'une partie du problème, pas de "leader".
  • L'administration centrale française est par nature plus orientée vers la satisfaction des désidérata des ministres, ou sur celle de ses besoins propres, que vers ceux de l'usager contribuable (qui paie pourtant les salaires et les factures, mais trop souvent les dirigeants administratifs l'oublient).
    Ce dernier point serait trop long à développer, de nombreux ouvrages sur la sociologie de l'administration française ont été écrits, je vous conseille le déjà ancien mais toujours pertinent
    "l'ère des technocrates" de M. JC. Thoenig.


Allons plus loin...

La commande passée par le secrétariat d'état et le temps très court imparti à l'exercice nous ont conduit à limiter le rapport aux aspects strictement liés à la mise en œuvre de l'administration électronique. Mais bien entendu, un certain nombre de blocages généraux de l'administration gênent l'avancement de ce chantier, comme des autres.

Au delà du rapport - Ces freins sociologiques inhérents à la fonction publique n'ont pas été cités, ou alors incidemment. D'autres rapports plus complets existent sur ces questions. Relevons : 

  • La propension de l'administration à produire des monceaux de textes réglementaires pas même soumis au parlement (décrets, circulaires, arrêtés...) mais tout de même opposables au tiers, par empilement successif et sans soucis de nettoyage périodique, crée une complexité difficile à digérer pour le citoyen de base et pour l'administration elle même. Il convient de limiter le pouvoir "para-législatif" de l'exécutif en France.
  • Les procédures internes à l'administration sont un frein considérable à la conduite de projets efficaces. Notamment, le code des marchés publics et la comptabilité publique, bien que récemment simplifiés, restent une construction juridico-administrative aberrante qui freine l'avancement des projets publics sans que ses objectifs en terme de lutte contre la corruption (cf. transparency.org), d'accès libre à la commande publique, ou d'optimisation du rapport qualité/prix des achats de l'administration, ne soient atteints.
    Nb. la réforme de l'élaboration des lois de finance ("LOLF"), dont les effets commenceront à être perceptibles en 2004-2005, va dans la bonne direction.
  • La GRH publique est aussi cloisonnée que ses procédures. Ce qui est vrai des personnels oeuvrant dans le domaine des NTIC est vrai pour toute la fonction publique. Les gains de productivité escomptables grâce aux NTIC ne seront valorisés que si l'on peut redéployer les effectifs vers les tâches à haute valeur ajoutée, et ce dans les zones géographiques où l'on a effectivement besoin de monde. Or les règles de gestion et les corporatismes en vigueur dans la fonction publique rendent ces transferts de personnels difficiles et politiquement risqués. Demandez à Christian Sautter (*)...
  • Plus ennuyeux, l'échelon politique ne s'est pas jusqu'ici impliqué suffisamment dans ces questions. Certes les beaux discours furent nombreux par le passé, mais au delà... Les dirigeants de la nation doivent décider si la mise en œuvre de l'e-administration est simplement intéressante, importante, ou bien vitale pour la France.

Vital, vous avez dit vital ? - Si le dernier terme de l'alternative était adopté, il faudrait évidemment mettre le management public en accord avec ce choix. Dans les entreprises privées qui ont compris qu'elles vivraient ou crèveraient de leur système d'information, cela a fortement infléchi la GRH: quelles que soient leurs qualités par ailleurs, des cadres qui étaient incapables d'intégrer le développement des systèmes d'information dans la conduite de leurs projets opérationnels ont été majoritairement écartés du top-management sans états d'âme. Un tel fonctionnement paraît inenvisageable dans la fonction publique française, où l'évolution de carrière ne se fait que vers le haut, quoiqu'il arrive, et où le diplôme obtenu à vingt cinq ans est une protection tout-terrain contre les effets du principe de Peter...

De l'importance des leaders - Enfin, dans les entreprises ou les pays en pointe, ce sont les grands patrons qui suivent personnellement l'avancement de ces chantiers: Jack Welch chez General Electric, Al Gore quand il était vice président des USA, Tony Blair, suiv(ai)ent personnellement les progrès de ce dossier dans leur pays et les opérationnels en charge de ces dossiers leurs rend(ai)ent compte directement. L'engagement du Président et du premier ministre doit aller au delà des mots. Ils doivent être les moteurs politiques de la réforme, même s'ils en délèguent la responsabilité opérationnelle à leurs ministres.

Intéressant, important, ou vital ?

Enjeux de l'e-administration - Il serait illusoire de croire que réussir l'e-administration est la seule condition de la résolution des problèmes de la nation française, loin s'en faut, mais il est clair que c'est un élément important pour stopper la spirale du déclin qui est la notre actuellement (cf. les derniers indicateurs publiés sur la place de la France dans le monde, et rappelés par le président de la république lors de son discours de vœux). Gagner en productivité, redéployer les effectifs sur les fonctions à valeur ajoutée en allégeant la bureaucratie (pudiquement appelée back office dans le rapport...), baisser la pression fiscale et encourager ceux qui entreprennent, et redevenir efficace là où l'état se révèle aujourd'hui déficient (sécurité, défense, justice, éducation), tel est le défi qui se pose aux acteurs publics, centraux ou locaux.

De plus, simplifier la vie du citoyen, et réduire le poids des relations "non désirées" avec l'administration sera un élément majeur de notre qualité de vie.

Vital, donc... - J'ai la faiblesse de croire que tout ceci est important, voire vital pour notre pays, pas seulement "intéressant". En ces périodes de forte mobilité du capital et des personnes les plus dynamiques, un entrepreneur investira-t-il là où l'administration lui imposera moult paperasses ("l'impôt papier"), réglementations infernales, pression fiscale abusive, délais de justice élevés, sans contrepartie tangible en termes de recul de l''insécurité ou de qualité de l'éducation, choisira-t-il la France simplement pour notre climat tempéré, notre gastronomie, ou nos beaux yeux ? On peut en douter.

Bien au contraire, le rapport coût/performance du secteur public national ou local sera un déterminant d'importance croissante dans les décisions d'investissement prises par les différents agents économiques, des plus puissants aux plus modestes. Voilà pourquoi, si la nation Française veut rester au premier plan et offrir le meilleur cadre de vie possible à nous, ses citoyens, nous devons faire pression sur nos dirigeants pour que le secteur public se dote d'un système d'information digne de ce que l'on est en droit d'attendre en ce début de XXIème siècle. Et la France ne peut se contenter d'être dans la moyenne, elle doit lutter pour la première place.

L'hyper-république, et au delà

Propositions de bon sens - Aussi les propositions que le rapport de La Coste portent, appelant à la constitution d'une véritable "hyper-république" (contraction de république et d'hypertexte), concourrent-elles à cet objectif. Citons entre autres:

  • Une politique volontariste de dématérialisation des démarches vers les entreprises, et création d'espaces personnalisables de démarches administratives professionnelles.
  • Des propositions donnant consistance au compte de données administratives personnelles (mon.service-public.fr), en permettant la circulation des données entre administrations, mais sous le contrôle du citoyen.
  • Des responsabilités accrues pour la nouvelle agence pour l'administration électronique, qui doit être le leader qui a tant manqué à l'e-administration jusqu'ici, et une réorganisation des RH et des attributions dans le domaine des TIC au niveau interministériel.
  • Une réorganisation de l'Internet public vers plus de cohérence, et la primauté donné au service pour le citoyen sur les considérations institutionnelles nombrilistes.
  • Des moyens techniques mutualisés pour permettre à toutes les collectivités, aux pouvoirs accrus par la future décentralisation, de développer des services en ligne de qualité comparables entre elles, sans nouvelle fracture numérique.

Mais il faudra aller beaucoup plus loin s'il on veut que l'hyper-république contribue à relever la république, et inclure la mise en œuvre de l'e-administration dans une démarche beaucoup plus ambitieuse de réorganisation globale du secteur public, bien au delà de simples effets d'annonce.


* Note : Christian Sautter est le ministre des finances (du gouvernement Jospin) qui fut contraint de démissionner pour avoir osé envisager de regrouper les centres de calcul et de perception de l'impôt pour plus d'efficacité. De tous les pays occidentaux, la France est celui qui a les coûts de perception des impôts les plus élevés, alors même que le montant des impôts est déjà lui même fort conséquent.

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