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Téléprocédures, e-administrations : des progrès, mais doit (beaucoup) mieux faire.

page créée le: 20/02/2002
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Résumé: Malgré des progrès, la mise en oeuvre de l'administration électronique reste assez décevante en France. Plus que de dématérialiser des procédures existantes, le service public ne doit pas laisser passer l'opportunité fournie par l'arrivée des NTIC pour se livrer à une refonte totale de son mode de relation avec le citoyen.

Le 6 Février, le ministre de la fonction publique remettait les "électrophées" 2002 de l'administration, petite cérémonie autocongratulatoire moins célèbre que les césars, mais destinée à récompenser les meilleures initiatives prises par le service public pour exploiter le potentiel des NTIC au profit des usagers.

Des progrès ...- Cette cérémonie a été l'occasion de vérifier qu'un peu partout en France, d'indiscutables progrès sont faits dans l'utilisation des nouvelles technologies. De nombreuses initiatives récompensées venaient des collectivités locales (Gers, Oise, Rhône Alpes, etc...). Même si quelques établissements nationaux sauvaient l'honneur de l'état, comme l'ANPE, qui a investi de façon massive dans des outils web performants, ainsi que la Documentation Française pour service-public.fr, force est de reconnaître que la présence des grandes administrations nationales faisait pâle figure à côté des meilleures réalisations locales. Or, celles ci sont très inégalement réparties sur le territoire.

Niveau moyen des services web centraux, dispersion des initiatives locales: les utilisateurs quotidiens du web administratif peuvent légitimement éprouver une certaine frustration quant au niveau globalement encore faible des services administratifs sur le web.

Il convient donc de s'interroger sur quelques pistes de progrès que pourrait accomplir la "e-administration".

Un besoin urgent de capitalisation :

Si l'on ne peut qu'être séduit par les réalisations des collectivités distinguées, on constate que ces initiatives restent très éparpillées, que la capitalisation méthodologique autour de ces projets reste faible, ce qui réduit leur portabilité. Et l'on peut avoir l'impression désagréable que chaque administration, nationale ou locale, réinvente sans cesse l'eau chaude, ce qui est très dispendieux des deniers du contribuable. A défaut d'être motrice de l'évolution, l'administration d'état ne devrait elle pas, sur le site de la fonction publique par exemple, ou des assemblées (pas de querelle de clocher entre pouvoirs exécutif et législatif, merci) collecter les fiches pratiques relatives à chaque projet, analyser les forces et les faiblesses de chaque démarche, et en déduire des recommandations pour que les initiatives des uns soient démultipliables chez les autres à moindre coût et dans de bonnes conditions d'interopérabilité ?


Dématérialisation des téléprocédures: éviter certains pièges

Les électrophées ont été l'occasion de rappeler l'objectif louable et ambitieux de dématérialiser l'ensemble des procédures administratives d'ici 2005. Pour ce faire, il conviendra d'éviter quelques écueils.

1. Choisir le bon niveau de dématérialisation, dématérialiser progressivement.

Certains propos autour de la dématérialisation me laissent craindre qu'elle ne soit conduite selon le dogme technologique du zéro papier, et non en gardant à l'esprit le meilleur rapport coût/temps passé/qualité du service pour l'usager. Or, parfois, mieux vaut se lancer assez rapidement dans une dématérialisation partielle, et progresser une fois que certains préalables sont remplis, plutôt que de monter une usine à gaz au fonctionnement improbable.

Exemple : les marchés publics - Prenons l'exemple de la dématérialisation des marchés publics, qui devra être effective en 2005. Une dématérialisation totale oblige à mettre en œuvre des interfaces de saisie spécifiques, via le web, ce qui ne sera pas nécessairement adapté aux marchés complexes. Il faudra que la manipulation de la signature électronique soit entrée dans les mœurs, et qu'un logiciel spécifique soit développé pour empêcher l'ouverture des offres avant la commission d'appel d'offres... Problèmes d'utilisabilité et coût des développements spécifiques caractérisent cette solution. Or, les entreprises continueront à utiliser des logiciels bureautiques classiques (aux interfaces plus praticables pour l'instant que celles dispensées via le web) pour rédiger leurs offres, et surtout, les jurys de commission d'appels d'offre continueront à analyser les offres sur papier, la lecture sur écran restant pénible. Enfin, les commissions d'appel d'offres resteront humaines, et nécessiteront des réunions physiques, d'où nécessité de manipuler les mêmes documents.

Aussi une dématérialisation partielle, où:

  • Les cahiers des charges sont téléchargeables
  • Les entreprises adressent sous enveloppe un exemplaire papier signé (faisant foi) et un CD-ROM contenant les pièces de la réponse, ...
  • ... Que le maître d'ouvrage s'empressera de verser dans une zone confidentielle d'un intranet documentaire accessible aux membres de la commission (toutes les administrations devraient être dotées de ce type d'outil d'ici 18 mois)

remplirait parfaitement son office.

La dématérialisation totale serait quant à elle concentrée sur l'exécution du marché: factures, et surtout suivi des paiements par le titulaire du marché.

Dans cette configuration, les opérations non dématérialisées n'entraînent pas de surcroît de travail, reposent sur des solutions logicielles génériques (qui ne serviront pas qu'à cela, donc éprouvées), la téléprocédure peut être déployée très vite, et l'on laisse le temps tant aux entrepreneurs qu'à l'administration de s'habituer aux éléments qui permettront de progresser vers plus de dématérialisation, à condition qu'une nouvelle analyse de la valeur de l'opération montre que cela a un intérêt.

Ajout progressif de nouvelles fonctionnalités - Ainsi, on pourrait imaginer que les marchés où les réponses sont les plus simples (marchés à bordereau de prix sur produits à dénomination standardisée) puissent dans un deuxième temps faire l'objet d'une dématérialisation totale quand la question de la confidentialité des offres sera traitée de façon utilisable et fiable. Puis petit à petit, si cela apporte un bon surcroît de qualité de services à coût faible, l'ensemble des marchés pourra tendre vers le zéro papier.

Pour que cette dématérialisation progressive soit possible, il faut qu'elle soit conduite selon des démarches analytiques plaçant l'entreprise ou le citoyen au centre de la procédure et non suivant un objectif technologique dogmatique.

2. Que la dématérialisation ne soit pas un simple transfert de tâche de l'administration vers le citoyen.

L'un des projets nominés aux électrophées m'a laissé perplexe. Il s'agissait de "dématérialiser" le dépôt de dossier de candidature au permis de conduire dans un département de province. Ici, la dématérialisation consiste à faire télécharger les formulaires en ligne, les faire remplir par le citoyen, qui fournit les également des pièces légales (carte d'identité,etc...), puis faire scanner ces pièces par les auto-écoles, faire ressaisir les formulaires papier via le web par ces mêmes auto-écoles... Ces tâches étaient auparavant assurées par l'administration: On y gagne quoi ? Les auto écoles assurent un travail supplémentaire, et je suis absolument certain que la préfecture concernée ne compensera pas ce transfert par une diminution de sa masse salariale... Une telle façon d'envisager la dématérialisation est non seulement inadéquate, elle est néfaste. Là encore, une analyse comparative de la valeur ajoutée de l'ancienne procédure et de la nouvelle s'impose avant d'avancer.

3. Les procédures dématérialisées doivent souvent faire l'objet d'une démarche qualité

Une fois qu'une procédure entre dans sa phase de traitement administratif, il convient que la dématérialisation se poursuive et que les agents chargés de la traiter disposent des outils informatiques (groupware, workflow, et traitement spécifiques) adaptés. Or, si la procédure d'instruction est partagée entre plusieurs agents, plusieurs services, il y a fort à parier qu'elle soit appliquée de façon hétérogène entre les différents agents. C'est comme cela, des procédures plus ou moins bien décrites sur le papier sont toujours appliquées différemment. Pour mettre en œuvre les outils d'accompagnement numérique de la procédure, il conviendra d'harmoniser les façons de faire des personnels. Cela suppose des démarches managériales (démarches qualité ou autres) conduisant à cette harmonisation.

C'est ce qu'a fait, fort intelligemment, une DDE de Normandie au moment d'installer une procédure du suivi par internet de l'avancement d'un dossier de permis de construire. Les responsables du projet ont compris que le problème n'était pas technique mais organisationnel, et ont travaillé sur la qualité de la procédure d'instruction avant de penser "outils". Et c'est ainsi que l'essentiel des procédures doivent être traitées.

Au delà de la dématérialisation : vers une simplification de la relation usager/administration ?

Les recommandations ci dessus s'appliquent à des procédures que l'on dématérialiserait en suivant le canevas de traitement actuel. Mais le véritable défi qui se pose au service public est de profiter de la mise en oeuvre des NTIC pour simplifier la relation entre l'administration et le citoyen, et pas seulement calquer des outils informatiques sur le fatras procédurier et paperassier existant. Pour y parvenir, là encore, plusieurs pistes doivent être explorées :

1. Diminuer les flux d'information nécessaires entre les citoyens, les entreprises, et l'administration

Lorsque l'on remplit un formulaire administratif, on est souvent frappé par la quantité d'informations demandée dont on a aucune idée de l'usage final. Certaines questions relèvent même purement et simplement de la violation de la vie privée. Enfin, rien n'est plus désagréable que de fournir à X administrations les mêmes renseignement, les mêmes pièces justificatives.

Il serait hautement souhaitable que :

a) Les renseignements demandés soient toujours réduits au minimum, et que la CNIL statue sur le droit de l'administration à obtenir ces renseignements.

b) Que tout renseignement demandé une fois à une personne physique ou morale alimente automatiquement un compte numérique de données administratives de cette personne, permettant à la fois au citoyen (ou à l'entreprise) de se tenir à jour des données qu'il a fournies à l'administration, d'exercer son droit de rectification (CNIL), et de transmettre depuis ce compte toutes les données correspondant à chaque demande, sans avoir à les ressaisir. De plus, on peut imaginer que pour les renseignements les plus courants, l'administration puise dans ce compte de données suite à une autorisation donnée par le propriétaire du compte, sans que celui ci ait à faire d'effort particulier.

c) Que les administrations puissent se communiquer les renseignements nécessaires de façon automatisée, sans que le citoyen doive y passer du temps : ainsi, dans l'exemple des marchés publics ci dessus, l'entreprise se contenterait de fournir un numéro SIRET, et toute administration aurait instantanément la possibilité de savoir si l'entreprise est fiscalement à jour en interrogeant le SI du ministère des finances.

Pour ce faire, il convient que la politique d'intéropérabilité des systèmes d'information publics soit beaucoup plus volontariste, et que de nombreux moyens " en réseau " soient mutualisés, quitte à déplaire à de nombreux chefs de chapelles informatiques administratives.

2. Le nécessaire reengineering des relations " administration-client "

Au delà de l'optimisation des flux d'information, il convient de réduire le "besoin de flux". Pour ce faire, il faudrait s'interroger sur la qualité globale des différentes procédures administratives, et ne tolérer que celles apportant une véritable valeur ajoutée non seulement à l'administration, mais aussi aux personnes. Cela suppose :

  • De s'interroger sur la valeur intrinsèque de chaque procédure, et de supprimer sans états d'âme celles qui n'en présentent aucune.
  • De réduire systématiquement à 1 le nombre d'interlocuteurs administratifs invoqués par une procédure donnée. Si cela devait aboutir à une simplification drastique de l'organisation administrative, n'en déplaise à certains syndicats de fonctionnaires, ce serait le plus beau cadeau que l'état puisse faire aux contribuables, et serait de nature à augmenter considérablement la compétitivité des services publics français.
  • D'inscrire, dans une sorte de déclaration des droits du citoyen face à l'administration, ayant valeur légale, le principe de prise en charge de l'aspect complexe des procédures par l'administration, grâce à l'existence des comptes de données administratives et à l'intéropérabilité des systèmes. Autrement dit, si les moyens de simplifier la vie du contribuable existent, l'administration est obligée de les utiliser. La notion de tracasserie administrative doit devenir une infraction inscrite au code civil et ouvrant droit à indemnisation de ses victimes.

Vers une administration " user-friendly " ?

Ces dispositions peuvent sembler extrêmement coercitives vis à vis de l'administration française, mais compte tenu des niveaux de prélèvements obligatoires atteints, exiger rapidement en retour un niveau de performance digne de ce nom, quitte à ce que cela se passe sous forte contrainte, paraît légitime.

Des évolutions du management public - Pour cela, il conviendra sûrement d'étendre le pouvoir de la COSA (commission de simplification administrative), peut être en en faisant une agence parlementaire, ce qui donnerait valeur législative à ses travaux, et lui " donnerait barre " sur les ministère récalcitrants.

Comparaisons internationales - De plus, il conviendra de mettre tout orgueil national de côté et de se livrer à un véritable "benchmarking" public et honnête du rapport qualité/prix de l'administration française par rapport à ses homologues étrangères, dans une logique ouvertement compétitive. Ainsi peut on espérer que des progrès significatifs soient accomplis, car contrairement à ce que certains esprits chagrins voudraient faire croire, la France a des capacités de réaction surprenantes lorsqu'elle est placée en situation de concurrence.

Optimiser l'expérience utilisateur du citoyen - Quels que soient les moyens employés pour parvenir au résultat, l'état d'esprit de la réforme doit être celui qui anime (toutes proportions gardées) un bon concepteur de sites web : l'objectif doit être d'améliorer l'utilisabilité générale de l'administration grâce au levier fourni par les nouvelles technologies, mises en oeuvre de concert avec des réformes structurelles, managériales et législatives, pour que " l'expérience utilisateur " vécue par la population dans sa relation au service public soit de grande qualité et ce au meilleur coût.

L'enjeu est considérable : A l'heure ou les investissements créateurs d'emploi peuvent se diriger sans barrière vers n'importe quel point du globe, le faible coût et l'efficacité des relations administration-usagers seront des éléments majeurs de la compétitivité d'un territoire donné, et les pays qui sauront faire en sorte que le temps passé en relation avec le service public soit du temps gagné et non perdu, bénéficieront d'un avantage concurrentiel certain.

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