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Première
piste: les contenus à deux
vitesses
Face
à ces choix cornéliens, le magazine
en ligne Salon (spécialisé dans les
nouvelles technologies) a choisi de ne pas tarir la
source publicitaire et a donc décidé
de maintenir l'essentiel de son contenu gratuit.
Mais il a ouvert une section réservée
de contenus spéciaux "à forte valeur
ajoutée", ou "Premium Contents", accessible
via souscription (voir
cet article).
La question est de savoir si les abonnés
(10.000 souscripteurs en 11 semaines, pas mal, sans
plus) suffiront à nourrir la production de
ces contenus. En effet, pour que l'utilisateur
accepte de payer, il faudra que la qualité
produite soit nettement supérieure à
celle des publications restées
gratuites.
Ce
modèle est pratiqué de longue date
par les cabinets de consultants tels Gartner, Idg,
Nielsen Norman, etc... : des contenus gratuits
déjà intéressants, qui mettent
l'eau à la bouche pour aiguiller vers des
rapports plus détaillés payants. Mais
dans ce cas, le contenu sert aussi de vecteur
promotionnel à des prestations de service
complémentaires, conseil, audit,
enquêtes...
Est-ce
à dire que les sites éditoriaux
devront se servir de leurs contenus comme d'un
produit d'appel pour vendre de nouveaux services
à des clients plus ciblés ? Ce serait
une révolution dans la profession, mais
à mon avis, on s'y prépare
fortement.
Ainsi
peut on imaginer que certaines de ces publications
en ligne, profitant de leurs réseaux de
contacts, muent vers des "sociétés
d'études et de journalisme": enquêtes
sur commande, études de marché, etc.,
marchant ainsi sur les plates bandes de certains
consultants. On me rétorquera que
l'éthique journalistique en prendra un coup,
c'est vrai, mais de l'autre côté de
l'atlantique, voire de la manche, ce ne sera pas un
problème.
Quant
aux sites dont le contenu en ligne est le
prolongement d'une publication papier payante
classique, leur site pourra servir de support
à la vente d'anciens numéros ou
d'éditions spéciales.
Mais
ne nous leurrons pas, ces orientations ne semblent
pas de nature à suffire à nourrir un
secteur aussi vaste. Il faut sans doute revoir le
modèle de base de la distribution de
contenus sur Internet.
Stratégie
de développement : innover dans le service
autour du contenu
En
effet, les sites éditoriaux se contentent
trop souvent de reproduire sur le web le
modèle qui les fait vivre dans le monde
physique. Ils ne sont que des interfaces de
distribution de contenu "vite produit" (les
articles doivent être courts...) par un canal
différent du papier.
Pour
lever le potentiel du web, ces sites doivent
s'attacher à créer des services qui
seraient impossibles à créer sur
support papier. Et qu'est ce qui fait la force
potentielle du web ? La possibilité de
rendre exploitable, vivantes, les archives parfois
immenses de certaines publications.
Qui
n'a cherché à récupérer
un vieil article perdu dans un vieux numéro
d'un magazine poussiéreux, sans jamais y
parvenir ? Le web peut offrir dans ce domaine des
opportunités
inégalées.
Ainsi,
en améliorant les technologies d'indexation
et de recherche, peut on rendre possible des
recherches bibliographiques d'une qualité
exceptionnelle. Imaginons un écrivain
cherchant à réaliser une biographie
non autorisée d'un politicien louche
(pléonasme, me dira-t-on, mais c'est un
autre débat...): des archives efficacement
recherchables du Canard Enchaîné ou du
Monde seraient un service inestimable. On
m'objectera que les archives du Monde (version
interactive) sont déjà en ligne.
Certes, mais leur aptitude à la recherche ne
dépasse pas celle d'un banal moteur :
insuffisant pour parler de forte valeur
ajoutée.
Pour
aller plus loin, les magazines en ligne devront
améliorer les fonctions de recherche au sein
de leurs archives : on peut imaginer des accords
avec certains éditeurs de logiciels
permettant d'implanter des recherches
avancées très performantes (tel que
Umap,
de la société Trivium) sur ces sites,
moyennant abonnements payants.
Mieux
encore, comme sur certains sites d'e-commerce, le
visiteur pourrait mémoriser des listes
personnalisées d'articles utiles, pour
interrompre une recherche à un instant
donné, la reprendre, faire des recoupements
entre plusieurs listes... ce service pourrait
être vendu à un prix tout à
fait intéressant à des publics
ciblés: autres journalistes, universitaires,
étudiants, chercheurs,
enquêteurs...
Enfin,
de nouvelles capacités logicielles
pourraient valoriser ces fonds. On pense à
la traduction automatisée, pour l'instant
médiocre, mais qui ne peut que
s'améliorer. Mais surtout, des
extensions-améliorations de produits comme
la production de résumés ou de
synthèses automatisées (via des
adaptations de produits comme le Copernic
Summarizer),
ou d'aide aux recoupements, pourraient donner une
seconde jeunesse à l'édition en
ligne.
Vers
des régies de services communes à
plusieurs titres ?
Une
publication individuelle aura-t-elle les moyens de
développer seule de tels services ? ce n'est
pas certain, tant l'investissement
nécessaire pour y parvenir, en recherche
comme en développement, paraît
élevé. Il n'est donc pas impossible
de voir apparaître de tels services pour des
groupements de journaux (soit totalement en ligne,
soit extension de journaux papier)
thématiques ou généralistes,
service dont le produit serait redistribué
aux journaux contributeurs selon des règles
prédéfinies. Ainsi chaque journal
n'aura pas à gérer lui même
toute la relation client, la facturation, etc... Le
renouveau du Kiosque minitel, en quelque
sorte.
Enfin,
on peut imaginer que ces bouquets de service de
presse en ligne suscitent la création de
contenus publicitaires payés par des
entreprises pour figurer parmi les documents
"exploitables". Ce serait là une
façon de renouveler le filon publicitaire
d'une façon originale, et sans doute
efficace pour les annonceurs, la publicité
n'apparaissant qu'à des internautes en cours
de recherche sur les thèmes traités
par la publicité.
Conclusion
: l'imagination au pouvoir
Les
quelques idées ci dessus ne sont pas
exhaustives, et ce ne sont peut être pas les
meilleures. Mais elles répondent toutes
à un concept simple: sur internet, les
utilisateurs ne paieront pas pour du contenu brut.
Ils paieront pour du contenu plus des services les
mettant en valeur, rendant ces contenus
exploitables, apportant un plus qu'aucun autre
support de diffusion ne saurait égaler. Ce
sont des concepts allant dans ce sens qui
permettront à l'édition en ligne
d'aller de l'avant à nouveau. Sur ces belles
paroles, messieurs les éditeurs,
lâchez vous, et imaginez les services
exclusifs au web que les gens seront prêts
à payer demain.
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