veblog

liste de diffusion | contact

 accueil > archives > stratégie > sites de contenus: quel avenir ?


liens associés

sur veblog.com

La publicité peut elle rebondir grâce au texte

ailleurs sur le web

La stratégie de salon.com

Article de Steve Outing: "are newspaper websites dead ?"

Sites de contenus à but lucratif : quel avenir ?

page créée le: 10/12/2001
réagir à cet article

Résumé: L'édition en ligne est frappée par la chute des revenus publicitaires, aussi certains commentateurs lui prédisent ils un avenir sombre. Mais en faisant preuve de créativité, en développant de nouveaux services autour du contenu, ce secteur pourra connaître une seconde jeunesse.

Les nuages s'amoncellent sur l'édition en ligne. Comme certains l'avaient prédit bien avant l'éclatement de la fameuse bulle de la nouvelle économie, la publicité en ligne est si peu efficace que la location d'espace publicitaire ne rapporte plus de quoi couvrir les dépenses afférentes à la production de contenu. De nombreuses dotcoms basées sur un "business model" publicitaire ont mordu la poussière, et le secteur est d'une morosité qui augure mal de son avenir proche.

Face à cette chute des revenus publicitaires, certains essaient de faire payer leurs contenus, selon des formules variables. Mais beaucoup sont sceptiques sur la pérennité de ce modèle. Car les internautes accepteront ils massivement de payer pour du contenu en ligne ?

Pourquoi payer ? payer pour quoi ?

Rien n'est moins sur. Tout d'abord, la rareté fait le prix des choses, or, le contenu, qu'il soit sur internet, dans la presse papier, à la télévision, est pléthorique. Nous sommes perpétuellement en overdose d'information. Mais avons nous réellement besoin de plus d'information, le canal Internet est il suffisamment attrayant pour récupérer une part de marché importante de la consommation de contenus payante ? J'ai bien peur que non.

Ajoutons en outre que moult opérateurs du web continueront de produire du contenu gratuit, parfois de haute qualité, sans souci de rentabilité directe : les passionnés qui réaliseront des pages perso toujours meilleures, mais aussi et surtout les universités, les administrations, les associations... Enfin, de nombreux consultants verront dans la fourniture d'écrits gratuits de haute qualité un moyen d'assurer une certaine notoriété. Enfin, on peut supposer que certains chefs d'entreprise imiteront Jakob Nielsen ou Joel Spolsky, et créeront des "weblogs" (sorte de journal individuel ou collectif se déroulant en continu) prolongeant à titre personnel leur destin professionnel, afin de créer de nouvelles sources de notoriété pour leurs sociétés. Louis Schweitzer parlant de sa vision de l'automobile en termes passionnants, non institutionnels, sur un journal personnel, cela aurait de la gueule, non ? Et les retombées pour Renault seraient sans doute tout à fait positives.

Dans ces conditions, quelles niches resteront aux éditeurs de contenus payants ? Et à quel prix pourront-ils les commercialiser ?

D'autre part, si le contenu est payant, le trafic va s'écrouler. La perte de trafic sera au minimum d'un facteur 10. Mais qu'adviendra-t-il des maigres dernières ressources publicitaires encore disponibles dans ce cas ? Les faire disparaître ne serait il pas suicidaire ?


Première piste: les contenus à deux vitesses

Face à ces choix cornéliens, le magazine en ligne Salon (spécialisé dans les nouvelles technologies) a choisi de ne pas tarir la source publicitaire et a donc décidé de maintenir l'essentiel de son contenu gratuit. Mais il a ouvert une section réservée de contenus spéciaux "à forte valeur ajoutée", ou "Premium Contents", accessible via souscription (voir cet article). La question est de savoir si les abonnés (10.000 souscripteurs en 11 semaines, pas mal, sans plus) suffiront à nourrir la production de ces contenus. En effet, pour que l'utilisateur accepte de payer, il faudra que la qualité produite soit nettement supérieure à celle des publications restées gratuites.

Ce modèle est pratiqué de longue date par les cabinets de consultants tels Gartner, Idg, Nielsen Norman, etc... : des contenus gratuits déjà intéressants, qui mettent l'eau à la bouche pour aiguiller vers des rapports plus détaillés payants. Mais dans ce cas, le contenu sert aussi de vecteur promotionnel à des prestations de service complémentaires, conseil, audit, enquêtes...

Est-ce à dire que les sites éditoriaux devront se servir de leurs contenus comme d'un produit d'appel pour vendre de nouveaux services à des clients plus ciblés ? Ce serait une révolution dans la profession, mais à mon avis, on s'y prépare fortement.

Ainsi peut on imaginer que certaines de ces publications en ligne, profitant de leurs réseaux de contacts, muent vers des "sociétés d'études et de journalisme": enquêtes sur commande, études de marché, etc., marchant ainsi sur les plates bandes de certains consultants. On me rétorquera que l'éthique journalistique en prendra un coup, c'est vrai, mais de l'autre côté de l'atlantique, voire de la manche, ce ne sera pas un problème.

Quant aux sites dont le contenu en ligne est le prolongement d'une publication papier payante classique, leur site pourra servir de support à la vente d'anciens numéros ou d'éditions spéciales.

Mais ne nous leurrons pas, ces orientations ne semblent pas de nature à suffire à nourrir un secteur aussi vaste. Il faut sans doute revoir le modèle de base de la distribution de contenus sur Internet.

Stratégie de développement : innover dans le service autour du contenu

En effet, les sites éditoriaux se contentent trop souvent de reproduire sur le web le modèle qui les fait vivre dans le monde physique. Ils ne sont que des interfaces de distribution de contenu "vite produit" (les articles doivent être courts...) par un canal différent du papier.

Pour lever le potentiel du web, ces sites doivent s'attacher à créer des services qui seraient impossibles à créer sur support papier. Et qu'est ce qui fait la force potentielle du web ? La possibilité de rendre exploitable, vivantes, les archives parfois immenses de certaines publications.

Qui n'a cherché à récupérer un vieil article perdu dans un vieux numéro d'un magazine poussiéreux, sans jamais y parvenir ? Le web peut offrir dans ce domaine des opportunités inégalées.

Ainsi, en améliorant les technologies d'indexation et de recherche, peut on rendre possible des recherches bibliographiques d'une qualité exceptionnelle. Imaginons un écrivain cherchant à réaliser une biographie non autorisée d'un politicien louche (pléonasme, me dira-t-on, mais c'est un autre débat...): des archives efficacement recherchables du Canard Enchaîné ou du Monde seraient un service inestimable. On m'objectera que les archives du Monde (version interactive) sont déjà en ligne. Certes, mais leur aptitude à la recherche ne dépasse pas celle d'un banal moteur : insuffisant pour parler de forte valeur ajoutée.

Pour aller plus loin, les magazines en ligne devront améliorer les fonctions de recherche au sein de leurs archives : on peut imaginer des accords avec certains éditeurs de logiciels permettant d'implanter des recherches avancées très performantes (tel que Umap, de la société Trivium) sur ces sites, moyennant abonnements payants.

Mieux encore, comme sur certains sites d'e-commerce, le visiteur pourrait mémoriser des listes personnalisées d'articles utiles, pour interrompre une recherche à un instant donné, la reprendre, faire des recoupements entre plusieurs listes... ce service pourrait être vendu à un prix tout à fait intéressant à des publics ciblés: autres journalistes, universitaires, étudiants, chercheurs, enquêteurs...

Enfin, de nouvelles capacités logicielles pourraient valoriser ces fonds. On pense à la traduction automatisée, pour l'instant médiocre, mais qui ne peut que s'améliorer. Mais surtout, des extensions-améliorations de produits comme la production de résumés ou de synthèses automatisées (via des adaptations de produits comme le Copernic Summarizer), ou d'aide aux recoupements, pourraient donner une seconde jeunesse à l'édition en ligne.

Vers des régies de services communes à plusieurs titres ?

Une publication individuelle aura-t-elle les moyens de développer seule de tels services ? ce n'est pas certain, tant l'investissement nécessaire pour y parvenir, en recherche comme en développement, paraît élevé. Il n'est donc pas impossible de voir apparaître de tels services pour des groupements de journaux (soit totalement en ligne, soit extension de journaux papier) thématiques ou généralistes, service dont le produit serait redistribué aux journaux contributeurs selon des règles prédéfinies. Ainsi chaque journal n'aura pas à gérer lui même toute la relation client, la facturation, etc... Le renouveau du Kiosque minitel, en quelque sorte.

Enfin, on peut imaginer que ces bouquets de service de presse en ligne suscitent la création de contenus publicitaires payés par des entreprises pour figurer parmi les documents "exploitables". Ce serait là une façon de renouveler le filon publicitaire d'une façon originale, et sans doute efficace pour les annonceurs, la publicité n'apparaissant qu'à des internautes en cours de recherche sur les thèmes traités par la publicité.

Conclusion : l'imagination au pouvoir

Les quelques idées ci dessus ne sont pas exhaustives, et ce ne sont peut être pas les meilleures. Mais elles répondent toutes à un concept simple: sur internet, les utilisateurs ne paieront pas pour du contenu brut. Ils paieront pour du contenu plus des services les mettant en valeur, rendant ces contenus exploitables, apportant un plus qu'aucun autre support de diffusion ne saurait égaler. Ce sont des concepts allant dans ce sens qui permettront à l'édition en ligne d'aller de l'avant à nouveau. Sur ces belles paroles, messieurs les éditeurs, lâchez vous, et imaginez les services exclusifs au web que les gens seront prêts à payer demain.

Liste de diffusion
Abonnez vous pour être prévenu(e) à chaque nouvel article de veblog


Respect de la vie privée, désabonnement : plus d'infos


contact: vincent@veblog.com

©informations légales & vie privée

accueil - haut de page

statistiques par