1.
La perception facile du but du système :
Pour
qu'une interface soit utilisable, il faut que
l'individu comprenne à quoi elle sert.
Dans de nombreux systèmes, cette
compréhension du système est assez
instinctive: on suppose, même si on ne
comprend pas instantanément chaque
commande sans apprentissage, que le poste de
pilotage d'une automobile sert à la
diriger. En revanche, de nombreux sites web
peinent à indiquer à l'utilisateur
en quelques secondes à quoi ils
servent...
2.
la perception facile de l'état du
système :
Le
système est il allumé ou
éteint ? a-t-il atteint ses conditions
optimales de fonctionnement (ex: le fer est il
chaud ou froid ?) ? A quelle vitesse roule le
véhicule ? etc.... L'individu doit avoir
une perception soit sensorielle, soit
intellectuelle, de l'état d'un
système à un moment donné,
pour lui permettre d'agir sur le système
en fonction de son but. Dans une automobile, le
tableau de bord, mais aussi le bruit moteur, la
sensation visuelle de vitesse et le "touch and
feel" de la route répercuté par le
véhicule fournissent les
éléments de cette
perception.
Application
au web : le design de l'interface doit
répondre aux questions "sur quelle page
suis-je ? Ou puis-je aller ? Suis-je dans la
bonne direction? puis-je revenir en
arrière ?"
3.
Repérage et Compréhension faciles
des commandes du système:
L'utilisateur
doit comprendre en réfléchissant
le moins possible l'utilité d'une
commande ou d'un indicateur. Cette
compréhension est en
général le fruit de
références acquises ou apprises :
enfant, vous avez vu vos parents conduire, aussi
avez vous une bonne compréhension
générale d'un poste de conduite
automobile même lorsque vous n'avez pris
votre première leçon en
auto-école. En revanche, si on vous
lâchait dans un cockpit d'avion, vous ne
pourriez comprendre les différentes
commandes qu'après de longues heures
d'apprentissage (ou de "flight simulator" !).
Cette
compréhension est facilitée si ces
commandes sont aisément
repérables, et si les différentes
familles de commandes se distinguent
aisément les unes des autres.
Tout
ceci plaide pour une standardisation importante
des commandes pour une famille de
systèmes donnés.
On
commence à entrevoir deux
catégories de systèmes : ceux pour
lesquels on peut imposer un apprentissage plus
ou moins long aux utilisateurs (avion, et
à un degré moindre automobile), et
ceux pour lesquels la compréhension du
système devra être
immédiate: bouilloire électrique,
site web...
Application
au web: même si vous êtes un
internaute récent, vous avez
forcément un peu navigué avant
d'arriver sur un site. Quelques moteurs de
recherche, et un bon copain ou un magazine vous
ont permis de faire vos premiers pas, sans
parler des émissions TV consacrées
au web. Vos "références acquises"
sont donc les caractéristiques communes
les plus fréquemment rencontrées
sur les sites que vous visitez. Ces
références communes sont les
"standards" de fait du web: liens souvent
soulignés et bleus, logo de la marque en
haut de la page, boutons de formulaire
rectangulaire légèrement en
relief, etc... Plus un site respecte ces
standards de fait, moins l'utilisateur a
d'effort à faire pour en comprendre les
commandes, plus il a de chances d'être
utilisable.
Rappelez
vous que sur le web, aucun utilisateur ne
cherche à apprendre le mode d'emploi :
"zero learning time or die". Le respect des
standards est donc votre plus sûr
allié vers
l'utilisabilité.
4.
bonne prévisibilité des commandes
du système :
c'est
la suite logique de ce qui
précède: si vous comprenez l'objet
des commandes qui vous sont proposées,
celles ci doivent produire le résultat
que vous attendiez lorsque vous les actionnez.
on imagine pas que les roues d'une voiture
braquent à gauche si vous tournez le
volant à droite...
Application
au web : lorsque vous cliquez sur un lien, la
page à laquelle vous aboutissez doit
être conforme au libellé de ce
lien. Si vous avez cliqué sur
"télédéclaration de la
TVA", et qu'au lieu de tomber sur la
procédure elle même, vous arrivez
sur une page d'explication sur le contexte de la
mise en place de ladite procédure, sans
lien évident sur la procédure elle
même, le système voit son
utilisabilité sévèrement
réduite (exemple réel pris sur le
site du ministère des finances
après son redesign. Corrigé
à ce jour).
5.
Capacité du système à
être mémorisé, appris
:
Plus
un utilisateur apprend à se servir d'un
système, ou de différentes
fonctions d'un système, plus son
utilisation doit devenir un réflexe. Cela
suppose que, outre la bonne compréhension
des commandes vue précédemment, et
la conformité des commandes avec les
standards de la profession, les mêmes
familles de commandes doivent tout au long du
système se trouver au même endroit
(repérabilité), avoir la
même apparence, le même nommage, des
effets similaires, bref être
cohérentes ("consistent" chez les
anglo-saxons).
6.
L'efficience du système:
prenez
deux systèmes parfaitement
compréhensibles, mais dont l'un
nécessitera cinq opérations
élémentaires de l'utilisateur, et
l'autre 10, pour parvenir au même
résultat, chaque opération prenant
le même temps: le premier système
sera deux fois plus efficient que le second. En
revanche, si le premier impose des temps de
réaction trop longs, alors que le second
se révèle très
réactif, alors le classement sera
inversé. En fait, le rapport entre
l'énergie physique, le temps
passé, et l'effort intellectuel pour
parvenir à un même résultat
conditionnent l'efficience du système, et
donc son utilisabilité.
Cela
n'est d'ailleurs pas sans poser une
difficulté pour les concepteurs
d'interfaces logicielles susceptibles
d'être utilisées aussi bien par des
débutants que par les utilisateurs
confirmés : le débutant
préférera être guidé
pas à pas dans sa découverte du
système, quitte à passer par cinq
étapes pour aboutir à un
résultat, alors que l'utilisateur
avancé appréciera qu'un bon vieux
"raccourci clavier" permette de rendre plus
efficientes ses opérations les plus
courantes. Dans les systèmes où
les utilisateurs sont de niveau très
variable, la recherche de l'efficience peut
aller à l'encontre de la
compréhension facile du système,
aussi la cohabitation entre
fonctionnalité de base et avancées
doit elle être étudiée de
façon à ce que la présence
de ces dernières ne créent pas
d'obstacle à l'accessibilité aux
fonctions les plus simples.
Application
au web : un formulaire d'achat en deux
étapes risque d'être beaucoup plus
efficient que s'il en comporte quatre, surtout
si ce dernier comporte de nombreuses saisies
facultatives. Accessoirement, les zones de
saisies de texte dans le formulaire devront
être regroupées pour permettre
à l'utilisateur débutant de passer
facilement de l'une à l'autre avec la
souris, alors que l'utilisateur avancé
aura une perception claire de la zone de
destination du curseur lorsqu'il appuiera sur la
touche TAB.
7.
Le confort du système et
l'opérabilité des commandes :
Une
direction assistée se
révélera, toutes qualités
égales par ailleurs, plus utilisable
qu'une direction sans assistance, surtout sur
une voiture lourde ou un camion... De même
les voitures à boite de vitesse
automatique, réduisant le nombre
d'éléments à coordonner
(pied gauche et bras droit moins
sollicités), peut elle être
considérée comme plus utilisable
qu'une voiture classique.
application
au web : des commandes assez regroupées,
minimisant les déplacements de souris,
des écrans lisibles (fontes de taille
suffisantes, bon contraste fonte-fond , teintes
de fond non agressives - éviter les
couleurs dites saturées-, pas de
clignotement, pas de signaux visuels trop
envahissants hors contenu, bonne
séparation visuelle entre les
différentes zones de l'affichage de la
page ), et des temps de chargement raisonnables
participent du confort d'utilisation du
système. En revanche, les
problèmes de coordination "bras jambe
il" sont peu présents sur le web ou
dans l'informatique, sauf pour certains jeux
vidéo, mais là le manque
d'utilisabilité fait partie du challenge
dont l'utilisateur doit triompher...
8.
La sensation de contrôle sur le
système:
Plus
l'utilisateur aura l'impression d'avoir le
contrôle du système, plus son
aisance augmentera, plus son efficacité
augmentera.
Cette
sensation s'acquiert grâce à des
commandes prévisibles (cf. point 4) et
aussi grâce à une bonne
réactivité du système.
Enfin, dans certain cas (freinage auto par
exemple), la progressivité de la
réponse du système sera
également importante.
Application
au web: nécessité que lorsque
l'utilisateur clique, une action s'enclenche
très vite (par ex, chargement d'une
nouvelle page), et que l'opération
s'achève rapidement, ou qu'à tout
le moins si l'opération se déroule
inévitablement lentement, un indicateur
d'état d'avancement soit disponible.
9.
Prévention et gestion des erreurs
(exceptions) :
Un
système utilisable doit rendre difficile
l'apparition d'une erreur, et permettre la
réparation facile de ces
dernières, c'est à dire la
minimisation des conséquences des erreurs
commises.
exemples
d'applications au web: le premier bouton
à la fin d'un formulaire doit être
un bouton de validation, car c'est ce que
l'utilisateur attend en premier
("référence apprise " par l'usage
majoritaire d'autres sites, cf. point 3).
Certains sites trouvent intelligent d'ajouter
à côté du bouton "envoyer"
un bouton "effacer", voire de mettre ce bouton
AVANT le bouton valider. Résultat: un
effacement imprévu de formulaire, et un
utilisateur qui va voir ailleurs,
écuré. De tels sites ne
préviennent pas correctement les erreurs.
De même, si un utilisateur a fait une
erreur en remplissant un formulaire, le
système doit il les lui signaler en
langage clair et lui donner des indications pour
ne pas les refaire. etc...
Il
résulte de cela que l'ergonomie et
l'efficience des commandes comportant un risque
important (par exemple effacement de fichier
senssible) doit être amoindrie (demande de
confirmation, demande de mot de passe) pour
accroître l'utilisabilité du
système. Paradoxal, non ?
10.
Fiabilité et sécurité du
système :
Votre
système peut réunir toutes les
qualités précédentes, s'il
ne fonctionne que dans trois cas sur quatre, son
utilisabilité en sera gravement
affectée. Exemple: Certains sites de
génération de plans ou
d'itinéraires sont incapables de
répondre à la demande à
certaines heures. De même si, après
que vous ayez rempli un bon de commande, le
serveur vous renvoie une fois sur cinq un
message de type "error; irregular command in
ODBC 2595; you stupid user", alors votre
système, même en respectant tous
les autres critères de
l'utilisabilité, sera peu utilisable.
11.
faible sensibilité aux conditions
d'utilisation :
Parallèlement
à la fiabilité,
l'insensibilité à l'environnement
d'utilisation est importante. Pour une voiture,
la capacité de s'adapter à des
carburants de qualité variable d'un pays
à l'autre, l'aptitude à tenir la
route sur une voie sèche ou humide, sont
des éléments
d'utilisabilité. Sur le web, la
capacité du site à être
visible aussi bien sur Netscape que sur IE, PC
ou Mac, grand ou petit écran, ou par un
utilisateur non voyant, participent de son
utilisabilité.
12.
Plaisir engendré par l'utilisation du
système (?)
Ce
critère est cité par certains
auteurs comme un élément essentiel
de l'utilisabilité. J'émets une
petite réserve, tant la notion de plaisir
est aussi liée au contenu du
système, à ce qu'il permet de
faire: l'utilisateur sera certes content
d'utiliser un système économe de
son temps pour payer ses impôts, mais cela
ne suffira pas à assurer son
plaisir...
Selon
moi, l'utilisabilité est une des
composantes qui mène au plaisir
d'utilisation, mais le plaisir n'est pas un
élément de l'utilisabilité.
çà se discute (et c'est un peu du
coupage de cheveux en quatre, je le
reconnais...).