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3.
Un air connu
Les
réserves que nous avons
énoncées dans le début de cet
article sont connues depuis longtemps, et le
débat qui a commencé avec la
naissance de la technologie continue et continuera
encore longtemps. La question est "pour combien de
temps ?"
Dans
quelque domaine que ce soit, lorsque qu'une
technologie apparaît, surtout dans le domaine
informatique, où la diffusion est rapide et
relativement aisée, les utilisateurs tentent
souvent d'en exploiter (d'en explorer) toutes les
fonctionnalités.
Que
faites-vous quand on vous offre un tout nouveau
magnétoscope ou téléphone
mobile ? Si vous êtes un utilisateur
féru de technique, vous consulterez
(quelquefois) le mode d'emploi, et vous testerez
(souvent) les multiples fonctionnalités de
votre nouveau joujou. Dans le cas
général, la plupart des utilisateurs
ne vont guère au-delà des fonctions
"de base" de leurs appareils, et oublient
rapidement jusqu'à existence des autres.
Dans
tous les cas, après un laps de temps et un
niveau d'exploration qui varie en fonction des
utilisateurs, vous choisirez parmi l'ensemble des
fonctionnalités celles qui vont
réellement vous être utile. A ce stade
là, même si vous ne savez pas vous
servir de toutes les fonctionnalités de
votre appareil, vous en maîtrisez
l'utilisation pour les besoins que vous en avez. Et
vous ne ferez appel aux fonctionnalités
sophistiquées que lorsque le besoin s'en
fera réellement sentir.
Ce
cheminement, que la plupart d'entre nous suit
lorsque nous devons apprendre en tant qu'individu
à nous servir d'une technologie, est
peut-être en train d'être suivi pour
Flash, à un niveau macroscopique, celui
d'Internet.
Note
: cet exemple est tout à fait transposable
au niveau des téléphones portables
où l'on a vu que les utilisateurs avaient
plébiscité une des
fonctionnalités à priori parmi les
plus rustiques, l'envoi de messages SMS, tout
simplement parce qu'elle était à la
fois maîtrisée techniquement, simple
à utiliser, et utile dans la vie
quotidienne. Certes, le multimédia suivra
peut-être, mais bien plus tard...
4.
Et si cela était en train de changer ?
Compte
tenu des potentialités énormes de
l'outil en terme de création
d'éléments d'interfaces, d'effets
spéciaux, de nombreux créateurs Flash
ont voulu se poser en innovateurs du Web, en
agitateurs d'idées. Ils "faisaient
l'histoire du Web" à travers leurs
créations, et porter les interfaces Web
à un niveau de richesse auparavant
inaccessible relevait d'une sorte de mission. De
nombreux développeurs en Flash,
fréquemment issus de professions ou de
formations à sensibilité artistique
forte, ont le plus souvent adopté une
démarche plutôt exploratoire, de
nature artistique, dans l'élaboration de
leurs interfaces.
Dans
un cadre artistique, les auteurs peuvent se
permettre, et c'est souvent l'essence même de
leur travail, d'exiger de l'utilisateur qu'il fasse
l'effort de comprendre une interface, qu'il aille
vers l'artiste afin de comprendre ce qu'il a voulu
dire. Mais dès lors que l'on souhaite
proposer de l'information, vendre des services,
toucher la plus grande cible possible avec un site
Internet, il devient extrêmement
risqué de demander le même effort de
compréhension et d'adhésion de la
part des utilisateurs.
De
très nombreux développeurs flash ont
commis une erreur d'importance : ils se sont servis
de Flash pour présenter des contenus qui
n'en avaient absolument pas besoin, ou pire, ils
ont tenté de fabriquer des interfaces
multimédia alors qu'ils n'en avaient pas les
compétences. Les gens qui ont
créé les principes fondateurs des
interfaces logicielles que nous connaissons ont eu
besoin de plusieurs années pour parvenir
à des spécifications
opérationnelles correctes. Créer des
interfaces utilisateur avancées
relève de compétences
spécifiques et pointues, tout à fait
distinctes de la création artistique.
Heureusement,
certains signes montrent que la perception des
apports potentiels de cette technologie est en
train d'évoluer, et de nombreux webmasters
et consultants commencent à comprendre une
évidence : ce qui valorise Flash, ce n'est
pas seulement l'éventail des
possibilités qu'il offre, mais la
façon dont on les implémente dans un
site. Et ces signes sont peut-être
avant-coureurs d'une certaine maturité.
Très
récemment, Macromedia à
redéfini l'un des axes importants de sa
stratégie en prenant plusieurs initiatives
destinées à remettre
l'utilisabilité au centre de la
création de sites en Flash.
Consulter
à ce sujet le site officiel de
Macromedia.
Flash
est une technologie propriétaire, et le fait
que ses géniteurs se proposent enfin de la
stabiliser et de l'intégrer dans un cadre
général d'accès
facilité à l'information est une
avancée majeure. D'autre part, ce message
nouveau que Macromedia tente de véhiculer
auprès des développeurs aura
peut-être une influence sur les
différentes évolutions qui seront
proposées dans les prochaines versions.
Plusieurs
auteurs se sont saisis de l'utilisabilité de
Flash et ont publié des travaux très
intéressants sur le sujet :
D'autres
signes sont plus ténus, mais tout à
fait essentiels, et ils sont
véhiculés par les exemples de sites
en Flash présentant à la fois un
contenu solide dans des conditions de confort
correct. A notre connaissance, l'un des plus beaux
exemples est français et il s'appelle
Kartoo.
Ce
méta moteur de recherche tout à fait
intéressant propose un contenu solide et
l'utilisation de Flash vient mettre en
évidence ce contenu et lui apporter de la
valeur ajoutée.
Dans
ce cas, que demander de plus ? L'utilisation de
Flash est ici justifiée, car elle est
indissociable de la conception du service et du
contenu. Les exemples de ce type ne pullulent pas
encore, mais ce n'est pas grave, car l'apparition
de ce type d'interface donnera sûrement des
idées, et nous n'en sommes à notre
avis qu'au début d'un mouvement
général de remise en question.
En
fait, le contenu n'est plus multimédia parce
que le public demande du multimédia, mais
parce que le multimédia apporte une valeur
ajoutée (formation, démonstration,
clarté, présentation) au contenu. Un
certain nombre de bons sites contenant de bonnes
séquences en Flash l'avaient
déjà compris. En fait la grande
nouveauté réside dans le fait que les
flasheurs commencent à comprendre que pour
donner une information textuelle simple, rien ne
vaut le fait de l'afficher simplement, sans le
faire clignoter, ni apparaître, ni
disparaître, ni autre effet spécial
n'ajoutant pas de valeur au contenu.
Dernier
signe avant-coureur de la maturité de Flash
: un site Flashé n'apparaît plus comme
exceptionnel pour l'unique raison qu'il est en
Flash. Cela ne suffit plus. Ce qui pouvait
apparaître comme rare, précieux,
technologiquement puissant, et furieusement
"tendance" est en voie de devenir un mode
d'expression et de présentation parmi
d'autres du contenu sur le Web.
5.
Quel futur pour Flash ?
L'histoire
des technologies nous enseigne qu'à moyen
terme, les usages triomphants d'une technique ne
sont pas toujours ceux que l'on avait
envisagés au départ. Conçu
initialement pour le Web, Flash est aujourd'hui
également utilisé pour des
applications offline. Par exemple, l'outil est
très apprécié de certains
concepteurs d'animations pour la
télévision.
Mais
un secteur inattendu où Flash pourrait avoir
un impact fort, si Macromedia le veut bien, est le
développement d'interfaces logicielles
utilisables à travers Internet. En effet,
les logiciels fournis actuellement en mode ASP
(Application Service Provider), souffrent de devoir
être utilisés à travers un
navigateur qui est un environnement d'interaction
extrêmement médiocre (voir à ce
sujet cet
article sur veblog).
Flash pourrait permettre de créer des
interfaces légères (images
vectorielles) supportant mieux que le DHTML un
certain nombre de caractéristiques de nos
logiciels actuels dont nous aurions du mal à
nous passer comme le glisser déposer, et
faciles à transmettre via internet.
Avec
la version 5 de Flash, Macromedia a introduit des
fonctionnalités de scripting qui permettent
d'aller dans ce sens. Mais il faudra sans doute
aller plus loin pour permettre de faire fructifier
le potentiel de flash dans ce domaine. La fusion de
Macromedia avec Allaire, créateur d'outils
de programmation d'applications web
côté serveur (Jrun, Cold Fusion,
Spectra) est-elle porteuse de promesses dans ce
domaine ? Nous verrons quelle orientation prend
Macromedia avec la version 6 de son produit.
En
tout cas, la base technologique de Flash (des
animations vectorielles légères et
une interactivité facile à
programmer) permet d'envisager une foule de
développements utiles pour peu que le
côté clinquant de l'application soit
laissé de côté. Les fonctions
de Zoom, la prise en compte du son et quelques
autres fonctions de Flash peuvent même
laisser espérer l'éclosion de
nouveaux types d'interfaces allant au-delà
des paradigmes des interfaces-utilisateur
graphiques actuelles (à base de
fenêtres et de menus déroulant),
améliorant la productivité des
utilisateurs.
Mais
pour que Flash devienne un standard de
développement d'interfaces, certaines
questions relatives à l'ouverture de son
architecture devront être résolues.
6.
Technologies propriétaires ou open source ?
Flash
pose un problème beaucoup plus profond et
à beaucoup plus long terme sur Internet.
Même si les spécifications ont
été rendues publiques par la
société Macromedia (avril 1998), il
présente les risques typiques
associés aux technologies
propriétaires : il est absolument impossible
de prévoir les développements
technologiques, commerciaux et les éventuels
revirements stratégiques d'une
société comme Macromedia.
Pour
illustrer cette problématique, il n'est qu'a
se pencher sur les conséquences techniques
et financières de la production d'une
nouvelle version par la société
mère. Incompatibilités entre les
versions, mise à jour des navigateurs.
Et
ce n'est pas tout. Le fait que des
spécifications soient rendues publiques ne
met pas à l'abri de problèmes
éventuels : on peut citer à ce propos
l'affaire du format Gif, diffusé
gratuitement par Compuserve à partir de
1987, mais dont l'algorithme de compression LZW
était breveté par Unisys. Cette
dernière société a
essayé, sans succès semble-t-il de
faire valoir ses droits plusieurs années
après en avoir favorisé sa diffusion.
(Consulter à ce sujet cet
article
)
Ces
différents risques associés à
l'utilisation de Flash nous conduisent à
nous poser la question suivante : "Existe t-il des
équivalents au logiciel Flash
développés intégralement
(logiciel, format de fichier, et plug-in
navigateurs) dans le cadre de la communauté
open source ?" Si c'est le cas, nous nous
prendrions bien à rêver qu'un format
de ce type vienne à s'imposer sur Internet.
Toujours dans cette éventualité, si
nous avions à proposer des contenus
justifiant l'utilisation de ce type d'outil, nous
n'hésiterions pas une seconde, c'est bien
cette dernière que nous choisirions. De
plus, les objections éventuelles
liées à l'apport intellectuel de la
société mère nous semblent
hors de propos dans un cadre comme le Web,
où chaque application s'enrichit du
développement des autres. Comme
l'expérience le montre depuis quelques
années : la compétition entre
technologies open source et technologies
propriétaires est non seulement saine, mais
extrêmement profitable aux utilisateurs.
Après
la maturité de Flash viendra donc
peut-être le vrai plug-in open source. Il
faudra suivre attentivement ce qui se passe du
côté du World Wide Web consortium, car
c'est peut-être là, dans les nouveaux
langages qui sont en train d'être
élaborés, qu'on trouvera le futur
plug-in, qui combinera les avantages de Flash et la
nécessaire prise en compte des besoins en
information formulés jour après jour
et confirmés étude après
étude par les utilisateurs.
Vincent
Bénard
et Elie
Sloïm
- juin 2001
© E-qualite.com et Veblog
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