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les tests de site, comment et pourquoi

le test comparatif des deux versions du site du premier ministre

les pièges qui attendent le chef de projet

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Ils sont spécialistes du test utilisateur en France :
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yuseo

D. Rushkoff compare l'utilisabilité des versions normales et des versions WAP des sites de grands médias d'info.

Comment choisir le design de votre site web: une approche comparative

"comment créer un site utilisable dans un environnement hostile"

page créée le: 02/06/2001
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Résumé : Entre les exigences des uns et les préjugés des autres, parvenir à un site web dessiné pour prendre en compte prioritairement l'expérience utilisateur est souvent difficile. Veblog propose une approche basée sur des tests utilisateurs comparatifs entre deux types de maquettes pour arriver à des solutions de compromis satisfaisant l'ensemble des intervenants et décideurs autour du projet

La solitude du chef de projet...

Si vous êtes responsable d'un site internet, ou chef de projet, il vous est sans doute arrivé d'avoir à travailler avec un prestataire ayant tendance à privilégier des approches très graphiques du web, vous expliquant en termes très bien choisis (comme les architectes, ce sont de redoutables causeurs) que cette charge esthétique "valorisera votre image", etc...

Parallèlement, dans votre structure, bien que vous même soyez convaincu(e) qu'une bonne expérience utilisateur requiert plutôt une grande sobriété et la prééminence du texte (vous lisez veblog, tout de même...), vous êtes entourés de décideurs et d'une hiérarchie qui ont souvent en tête le monde merveilleux des pubs télé et qui pensent qu'un site doit "en mettre plein la vue" pour valoriser son éditeur. (Cf. chef de projet, 7 pièges qui vous attendent)

Pris en tenaille entre des chefs mal informés et des prestataires médiocres qui les brossent dans le sens du poil, vous serez bien seul dans le comité de décision qui validera les choix de design, et risquez de vous voir imposer un site surchargé et mal conçu, dont vous aurez secrètement honte, et qui ne satisfera pas vos visiteurs.

Pour éviter cela, vous pouvez mettre à profit une méthode itérative de conception de maquette qui peut donner de bons résultats, que j'ai appelée "l'approche comparative" pour créer des sites présentant un bon compromis "utilisabilité/ sex appeal". Voyons comment cela marche. Notons qu'il s'agit d'une méthode supposant que vous disposiez d'un peu de budget et de temps.


Un constat: les versions "texte" marchent mieux !

Les lecteurs de veblog ont peut être encore en mémoire le comparatif entre la version texte et la version graphique du site du premier ministre, paru dans ces mêmes colonnes: la version texte se révèle beaucoup plus utilisable que l'autre. De même les utilisateurs assidus d'internet.gouv.fr (le site gouvernemental sur la prise en compte des nouvelles technologies) ont ils pu constater que la version textuelle était beaucoup plus rapide et souvent plus efficace pour parvenir à l'information.

Doug Rushkoff, chroniqueur technologique pour le NY Times, constate que les "AvantGo Channels" des sites des grands journaux (les versions de ces sites destinés aux téléphones portables), uniquement textuels et dépouillés de tout artifice non textuel, se révèlent plus utilisables que leur version "full graphics", justement lorsqu'on les visite depuis un ordinateur (vous pouvez essayer, Rushkoff donne les liens vers les canaux WAP de CNN et le NY Times dans son article).

La Méthode par approche comparative.

D'ou cette idée : pour développer la meilleure maquette possible, pourquoi ne pas développer deux versions au stade du prototype, l'une graphique, l'autre purement textuelle, mais avec les caractéristiques suivantes :

  • La version texte ne pourra reprendre que les éléments graphiques suivants: le logo de la structure et l'éventuel gif transparent de 1 pixel si utile pour les mises en pages précises, ainsi que les photos et images illustrant les contenus du site (on n'imagine pas un site de commerce ne montrant aucune photo du produit...) .
  • Sont proscrits dans cette version: les boutons, les icônes, les menus déroulants DHTML, les rollovers, sans parler de Flash et des Applettes Java. Tous les liens hypertexte respecteront la convention standard du web, bleus soulignés lorsqu'ils sont vierges, dans une nuance pourpre lorsqu'ils sont déjà visités. Enfin, la version texte ne comportera pas de frames (les cas ou les frames peuvent se justifier sont rares, je prépare un article sur le sujet).
  • La version texte, en revanche, devra avoir exactement la même structure que la version graphique, en reprendra les couleurs de fond et la colorimétrie générale, et bien sûr les mêmes contenus. toutes les ressources des tableaux HTML devront être utilisées pour que la mise en page soit proche de celle de la version imagée. La filiation entre les deux versions devra être visible, et la version texte, bien que sobre, devra apparaître tout aussi soignée et professionnelle que l'autre. Une version texte ne signifie pas une version "bâclée". La version texte du site www.premier-ministre.gouv.fr constitue un bon exemple de ce que l'on peut faire.

Sur ces deux maquettes, à un stade suffisamment avancé pour pouvoir les tester sur un volume de contenus suffisants, vous effectuerez un test utilisateur (pour en savoir plus sur ces tests). Si vous ne disposez pas du budget pour embaucher un laboratoire professionnel pour ces tests, ne vous inquiétez pas, vous pouvez organiser un "quick test" avec des amis, pourvu qu'ils n'appartiennent pas à la société éditrice du site ni au milieu des professionnels du web (cf. le test sur le site de matignon). Vous veillerez à ce que ces tests soient effectués via une liaison par Modem. Même avec peu de cobayes, ces tests révéleront sans doute les choses suivantes:

  • Si la version graphique est trop lourde ou surchargée, ou farcie d'artifices clinquants (ex : rollovers et menus déroulants qui tuent), la version texte se révélera probablement beaucoup plus efficace. Vous pourrez ainsi identifier les éléments graphiques sources de perturbation et ceux qui semblent neutres, et ainsi parvenir à une nouvelle version, compromis entre la version texte et la version graphique initiale, dans laquelle le poids et le "bruit visuel" de l'iconographie aura été ramené dans des proportions raisonnables. De plus, lorsque certains éléments graphiques amènent une valeur ajoutée (cela arrive: l'icône "enveloppe" à côté du lien vers la boite au lettre, l'imprimante à côté du lien vers la "version imprimable", etc...), ils seront plus sûrement identifiés.
  • La version texte vous donnera beaucoup plus d'enseignements que l'autre sur la pertinence de l'architecture des informations et des libellés des liens que vous aurez choisis. En effet, la plupart des difficultés d'utilisation liées au graphisme ayant disparu, les autres feront plus naturellement surface et le diagnostic en sera facilité.
  • Vous pourrez également faire comparer les deux maquettes par des personnes non voyantes et ainsi en tirer des enseignements précieux sur l'accessibilité de votre site (rappelons que pour les sites publics, cette accessibilité aux non-voyants est une obligation). La version texte étant "naturellement" conforme aux exigences du W3C en matière d'accessibilité, la version définitive du site devra suffisamment s'en rapprocher pour espérer être visitée par cette catégorie du public.

Ainsi, vous pourrez produire une nouvelle maquette non seulement graphiquement plus légère, mais avec des intitulés de liens plus intelligibles pour l'internaute et avec une meilleure architecture de l'information, et ce avec la caution du test, c'est à dire sans que les caciques du web artistique ne puissent vous contredire. Et si vous en avez le temps, vous pourrez décliner à nouveau une version texte de cette maquette numéro 2 et recommencer un cycle de comparaisons, qui devrait vous amener un compromis quasi idéal entre faible charge graphique et "minimum d'image vital", tant pour ne pas ennuyer le visiteur que pour satisfaire l'ego de vos chefs.

Si le prestataire retenu pour votre site est déjà sensibilisé à l'utilisabilité et à la conception de sites centrée sur l'utilisateur, il ne devrait pas être opposé à cette approche comparative, qui, en une seule itération, est de nature à améliorer sa prestation.

Si vos moyens ne vous permettent de lancer une campagne de tests que sur un seul projet de site, ce n'est déjà pas si mal , tant les sites lancés sans tests paraissent nombreux. Tester une seule maquette vous apportera déjà beaucoup d'enseignements, ne vous en privez pas.

Mais l'approche comparative a pour intérêt supplémentaire d'offrir un "référentiel minimal" qui facilite l'interprétation des résultats des tests, et qui, à mon sens permet de progresser plus vite vers le meilleur compromis.

Les arguments pour convaincre votre entourage du bien fondé de la méthode

Si votre site est basé sur un système de Web Content Management (cf. cet article), développer deux maquettes sera relativement aisé (et même trois ou quatre d'ailleurs si vous avez le temps et les moyens de mener des campagnes de tests multiples) et le surcoût de ce double développement, négligeable, ne pourra pas vous être opposé. Ce cas de figure sera le plus fréquent dans les années à venir.

En outre, insistez sur les faits suivants:

  1. Tester une version "texte" inspirée de la version "imagée" vous permet de préparer votre site à l'accessibilité aux non-voyants.
  2. De même, cela vous permet de tester la validité de l'architecture des informations plus sûrement qu'avec une version graphique, car le comportement de l'internaute n'est influencé que par l'architecture du site et pas par son apparence (c'est réducteur, mais c'est une argumentation pour vos chefs, pas pour un spécialiste d'ergonomie web)
  3. Enfin, cela permet de tester une version adaptée à l'internet mobile (WAP, I-Mode, et systèmes de Nième génération). Même si l'engouement des investisseurs pour ces canaux est en chute libre, il faudra bien les considérer un jour, quand les technologies auront été simplifiées pour mieux s'adapter aux utilisateurs.

Ces trois arguments, habilement défendus, devraient vous permettre de mettre en place une méthode de conduite de projet web qui est susceptible d'éviter les conséquences que les mauvais préjugés de nombreux décideurs et prestataires pourraient avoir sur votre projet.


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