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Un
constat: les versions "texte" marchent mieux
!
Les
lecteurs de veblog ont peut être encore en
mémoire le comparatif entre la version texte
et la version graphique du site
du premier
ministre,
paru dans ces mêmes colonnes: la version
texte se révèle beaucoup plus
utilisable que l'autre. De même les
utilisateurs assidus d'internet.gouv.fr
(le site gouvernemental sur la prise en compte des
nouvelles technologies) ont ils pu constater que la
version textuelle était beaucoup plus rapide
et souvent plus efficace pour parvenir à
l'information.
Doug
Rushkoff, chroniqueur technologique pour le NY
Times, constate
que les "AvantGo Channels" des sites des grands
journaux
(les versions de ces sites destinés aux
téléphones portables), uniquement
textuels et dépouillés de tout
artifice non textuel, se révèlent
plus utilisables que leur version "full graphics",
justement lorsqu'on les visite depuis un ordinateur
(vous pouvez essayer, Rushkoff donne les liens vers
les canaux WAP de CNN et le NY Times dans son
article).
La
Méthode par approche
comparative.
D'ou
cette idée : pour développer la
meilleure maquette possible, pourquoi ne pas
développer deux versions au stade du
prototype, l'une graphique, l'autre purement
textuelle, mais avec les caractéristiques
suivantes :
- La
version texte ne pourra reprendre que les
éléments graphiques suivants: le
logo de la structure et l'éventuel gif
transparent de 1 pixel si utile pour les mises
en pages précises, ainsi que les photos
et images illustrant les contenus du site (on
n'imagine pas un site de commerce ne montrant
aucune photo du produit...) .
- Sont
proscrits dans cette version: les boutons, les
icônes, les menus déroulants DHTML,
les rollovers, sans parler de Flash et des
Applettes Java. Tous les liens hypertexte
respecteront la convention standard du web,
bleus soulignés lorsqu'ils sont vierges,
dans une nuance pourpre lorsqu'ils sont
déjà visités. Enfin, la
version texte ne comportera pas de frames (les
cas ou les frames peuvent se justifier sont
rares, je prépare un article sur le
sujet).
- La
version texte, en revanche, devra avoir
exactement la même structure que la
version graphique, en reprendra les couleurs de
fond et la colorimétrie
générale, et bien sûr les
mêmes contenus. toutes les ressources des
tableaux HTML devront être
utilisées pour que la mise en page soit
proche de celle de la version imagée. La
filiation entre les deux versions devra
être visible, et la version texte, bien
que sobre, devra apparaître tout aussi
soignée et professionnelle que l'autre.
Une version texte ne signifie pas une version
"bâclée". La version texte du site
www.premier-ministre.gouv.fr constitue un bon
exemple de ce que l'on peut faire.
Sur
ces deux maquettes, à un stade suffisamment
avancé pour pouvoir les tester sur un volume
de contenus suffisants, vous effectuerez un test
utilisateur (pour
en savoir plus sur ces
tests).
Si vous ne disposez pas du budget pour embaucher un
laboratoire professionnel pour ces tests, ne vous
inquiétez pas, vous pouvez organiser un
"quick test" avec des amis, pourvu qu'ils
n'appartiennent pas à la
société éditrice du site ni au
milieu des professionnels du web (cf.
le
test sur le site de
matignon).
Vous veillerez à ce que ces tests soient
effectués via une liaison par Modem.
Même avec peu de cobayes, ces tests
révéleront sans doute les choses
suivantes:
- Si
la version graphique est trop lourde ou
surchargée, ou farcie d'artifices
clinquants (ex : rollovers et menus
déroulants qui tuent), la version
texte se révélera probablement
beaucoup plus efficace. Vous pourrez ainsi
identifier les éléments graphiques
sources de perturbation et ceux qui semblent
neutres, et ainsi parvenir à une nouvelle
version, compromis entre la version texte et la
version graphique initiale, dans laquelle le
poids et le "bruit visuel" de l'iconographie
aura été ramené dans des
proportions raisonnables. De plus, lorsque
certains éléments graphiques
amènent une valeur ajoutée (cela
arrive: l'icône "enveloppe" à
côté du lien vers la boite au
lettre, l'imprimante à côté
du lien vers la "version imprimable", etc...),
ils seront plus sûrement
identifiés.
- La
version texte vous donnera beaucoup plus
d'enseignements que l'autre sur la pertinence de
l'architecture des informations et des
libellés des liens que vous aurez
choisis. En effet, la plupart des
difficultés d'utilisation liées au
graphisme ayant disparu, les autres feront plus
naturellement surface et le diagnostic en sera
facilité.
- Vous
pourrez également faire comparer les
deux maquettes par des personnes non voyantes
et ainsi en tirer des enseignements
précieux sur l'accessibilité de
votre site (rappelons que pour les sites
publics, cette accessibilité aux
non-voyants est une obligation). La version
texte étant "naturellement" conforme aux
exigences du W3C en matière
d'accessibilité, la version
définitive du site devra suffisamment
s'en rapprocher pour espérer être
visitée par cette catégorie du
public.
Ainsi,
vous pourrez produire une nouvelle maquette non
seulement graphiquement plus légère,
mais avec des intitulés de liens plus
intelligibles pour l'internaute et avec une
meilleure architecture de l'information, et ce avec
la caution du test, c'est à dire sans que
les caciques du web artistique ne puissent vous
contredire. Et si vous en avez le temps, vous
pourrez décliner à nouveau une
version texte de cette maquette numéro 2 et
recommencer un cycle de comparaisons, qui devrait
vous amener un compromis quasi idéal entre
faible charge graphique et "minimum d'image vital",
tant pour ne pas ennuyer le visiteur que pour
satisfaire l'ego de vos chefs.
Si
le prestataire retenu pour votre site est
déjà sensibilisé à
l'utilisabilité et à la conception de
sites centrée sur l'utilisateur, il ne
devrait pas être opposé à cette
approche comparative, qui, en une seule
itération, est de nature à
améliorer sa prestation.
Si
vos moyens ne vous permettent de lancer une
campagne de tests que sur un seul projet de site,
ce n'est déjà pas si mal , tant les
sites lancés sans tests paraissent nombreux.
Tester une seule maquette vous apportera
déjà beaucoup d'enseignements, ne
vous en privez pas.
Mais
l'approche comparative a pour intérêt
supplémentaire d'offrir un
"référentiel minimal" qui facilite
l'interprétation des résultats des
tests, et qui, à mon sens permet de
progresser plus vite vers le meilleur
compromis.
Les
arguments pour convaincre votre entourage du bien
fondé de la méthode
Si
votre site est basé sur un système de
Web Content Management (cf. cet
article),
développer deux maquettes sera relativement
aisé (et même trois ou quatre
d'ailleurs si vous avez le temps et les moyens de
mener des campagnes de tests multiples) et le
surcoût de ce double développement,
négligeable, ne pourra pas vous être
opposé. Ce cas de figure sera le plus
fréquent dans les années à
venir.
En
outre, insistez sur les faits
suivants:
- Tester
une version "texte" inspirée de la
version "imagée" vous permet de
préparer votre site à
l'accessibilité aux
non-voyants.
- De
même, cela vous permet de tester la
validité de l'architecture des
informations plus sûrement qu'avec une
version graphique, car le comportement de
l'internaute n'est influencé que par
l'architecture du site et pas par son apparence
(c'est réducteur, mais c'est une
argumentation pour vos chefs, pas pour un
spécialiste d'ergonomie web)
- Enfin,
cela permet de tester une version
adaptée à l'internet mobile
(WAP, I-Mode, et systèmes de Nième
génération). Même si
l'engouement des investisseurs pour ces canaux
est en chute libre, il faudra bien les
considérer un jour, quand les
technologies auront été
simplifiées pour mieux s'adapter aux
utilisateurs.
Ces
trois arguments, habilement défendus,
devraient vous permettre de mettre en place une
méthode de conduite de projet web qui est
susceptible d'éviter les conséquences
que les mauvais préjugés de nombreux
décideurs et prestataires pourraient avoir
sur votre projet.
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