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Evaluer les bénéfices de l'usabilité, par C.Bohmann, consultant en utilisabilité au danemark.

les exemples cités dans cet article: poplist, ooshop, houra, apple, ministère des finances.

Ce que l'utilisabilité apporte à votre business en ligne
"au fond, est-ce si important, l'utilisabilité ?"
page créée le: 10/02/2001
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Résumé: quelques sites semblent afficher des résultats de fréquentation ou de ventes probants malgré une utilisabilité médiocre. Il n'en faut pas plus pour que certains designers proclament que les études d'utilisabilité sont inutiles et que le design web doit être essentiellement créatif. Ce raisonnement hâtif ne résiste pas à une analyse approfondie : l'utilisabilité est une condition nécessaire en ligne pour conquérir des publics larges et résister aux pressions concurrentielles fortes.

Si vous devez investir dans un projet web important, en tant que décideur non spécialiste, vous vous demandez surement ce que l'utilisabilité, concept quelque peu hermétique voire austère, peut apporter à votre projet. D'autant plus que d'autres intervenants peuvent vous inciter à développer des sites où les aspects esthétiques et le déploiement d'artifices technologiques seront prépondérants. Au fond, l'utilisabilité, à quoi çà sert ?

Quelques exemples de sites peu utilisables à "relatif" succès

Votre expérience d'internaute vous a peut-être conduit à utiliser des services difficiles d'emploi mais pour lesquels vous étiez prêt à faire un effort pour bénéficier de leur valeur ajoutée. L'exemple de napster (téléchargement de musique naguère gratuit) est mondialement connu. Plus près de nous, on constate que :

  • Le service de mailing list Poplist présente une interface cauchemardesque pour les gestionnaires de listes (emploi de flash très mal à propos). Pourtant, c'est un des outils de liste de diffusion gratuit leader sur le web francophone.
  • Apple réalise près d'un sixième de ses ventes via l'applestore (source Apple, donc à considérer avec précaution), site dont les lecteurs assidus de veblog savent que ce n'est vraiment pas un modèle à suivre.
  • Le cybermarché Ooshop surclasse Houra en terme de nombre de clients (du simple au double, 250 000 contre 120.000) alors que veblog comme linternaute.com ont relevé l'utilisabilité supérieure du second.
  • Le nouveau site du ministère des finances est moins utilisable que l'ancien - un comble pour un redesign - mais ne devrait pas moins en rester l'un des sites majeurs du web public français...
  • etc...

Il n'en faut pas plus pour que certains, brandissant ces exemples comme autant de preuves, affirment qu'un site peut réussir sans tenir compte des préceptes des ingénieurs ès utilisabilité, trop austères, et qu'il convient par conséquent de laisser les designers libérer leur créativité sans contrainte.

Cette argumentation superficielle ne résiste pas à un examen approfondi.


Le succès : une alchimie complexe et une notion relative.

L'utilisabilité n'est qu'une des quatre composantes du succès d'un site web. Les trois autres (cf. veblog, "l'expérience utilisateur") sont :

  • la qualité et/ou l'exclusivité de l'offre. (ce critère compte double)
  • la tenue offline des promesses faites online par le site (livraison, conformité du produit aux descriptions, garanties, etc...)
  • la confiance inspirée aux visiteurs par le site et à travers lui par la société qui l'édite.

De plus, dans les cinq cas cités plus hauts, la notion de succès reste tout à fait relative : Le volume d'activité d'Ooshop reste marginal par rapport à la grande distribution, Apple ne représente plus guère que 4-5% du marché mondial de la micro informatique (hélas...), poplist reste un service très spécialisé, et le ministère des finances gère encore une part ultra minoritaire de ses échanges avec les usagers via internet.

Une offre exclusive peut à elle seule emporter la décision

Regardons pourquoi ces services en ligne arrivent à émerger malgré la médiocrité de leurs interfaces utilisateurs.

  • Dans le cas de poplist, le service offert est de tout premier ordre : si l'interface du site pour les administrateurs est infernale, celle proposée aux internautes pour s'abonner à une liste de diffusion est très simple, limpide (cf la mailing list de veblog). Une fois les animations flash domestiquées, le gestionnaire de liste a accès à une panoplie de fonctions que peu d'éditeurs de mailing list francophone proposent, à ma connaissance. De plus, le service s'adresse à des webmestres, donc des personnes qui sont beaucoup moins affectées que la moyenne par des problèmes de compréhension des interfaces-utilisateur.

 

  • L'applestore vend un type de micro assez exclusif (des Macintosh) alors que les concurrents Dell, Compaq, Ibm, Gateway, ont des gammes de produits sous windows quasiment similaires. Le vieux client Apple veut de l'Apple, point final. Et même si une partie de la cible d'Apple se recrute chez des utilisateurs très peu techniques de micro-informatique, les autres se trouvent chez des créatifs et des designers habitués de photoshop et autres logiciels multimédia complexes, ce qui les rend particulièrement peu sensibles aux difficultés d'utilisation de l'applestore relevées par des utilisateurs lambda. En revanche, les différentes retouches des sites des vendeurs de PC sous windows n'ont eu de cesse que d'en améliorer la facilité d'utilisation : Si le site de compaq est trop difficile à comprendre, il suffit d'aller chez Dell. De fait, l'Applestore est beaucoup moins utilisable que les sites des autres fabricants de micro et n'est certainement pas un bon outil de conquête des clients peu technophiles de la concurrence, même si le produit s'y prête assez bien.

     

  • La semaine dernière, je tentais d'expliquer (cf. cet article) les meilleurs chiffres de vente d'Ooshop par rapport à Houra : là aussi, la supériorité de l'offre est patente : offre de produits frais, délais de livraison plus rapides, et logo "carrefour" sur la page d'accueil, permettant d'identifier l'émetteur du site comme une marque connue, qui n'a pas intérêt à bâcler le service client. Mais que se passerait-il si l'offre de Houra se mettait à niveau ? De surcroît, les clients actuels des cybermarchés sont ils plutôt des "premiers adoptants" du web, technophiles et urbains branchés, ou représentatifs de tous les internautes ? La faible pénétration actuelle du "cybershopping" me laisse croire à la première hypothèse. Par conséquent se pose la question, cruciale pour leur rentabilité future, de savoir si les cybermarchés pourront séduire largement de nouvelles clientèles. En l'état actuel, ma réponse est non.

     

  • Le ministère des finances a commis un redesign absolument catastrophique de son site (l'ancien était imparfait, cf cet article de veblog, mais le nouveau ... l'information y est absolument introuvable et les temps de chargement crispants), mais qui d'autre propose l'intégralité des formulaires fiscaux, administratifs, nécessaires à la vie de moult entreprises et des autres administrations ? Contraint et forcé, le contribuable continuera à utiliser le site du MEFI... Cependant, beaucoup d'utilisateurs risquent de ne pas en tirer la quintessence, ce qui ne permettra pas de lever la plus grande partie des gains de productivité qu'un bon site aurait permis d'obtenir (diminution des coups de téléphone, des déplacements aux guichets, des échanges postaux, des erreurs de remplissage de formulaires, etc...) tant pour le ministère que pour ses chers usagers.

Conclusions

  1. Très clairement, un site utilisable ne remplacera pas une offre attractive pour faire de votre site un succès commercial. Mais l'utilisabilité vous permettra de vous distinguer de vos concurrents à qualité d'offre égale, et surtout, permettra d'élargir votre offre à des publics plus larges, non férus de technologie. Aujourd'hui, moins de 20% des français sont connectés. Lorsque ce pourcentage rejoindra les 50% observés aux USA (cela finira bien par arriver), votre capacité à en transformer une grande part en clients sera directement corrélée à votre utilisabilité (phénomène déjà largement observable outre atlantique).

  2. Gardez à l'esprit que les principales success stories planétaires du web (e-bay, yahoo, amazon...) se sont construites autour de services à l'utilisabilité remarquable et régulièrement améliorée. Ces entreprises ont toujours placé l'expérience de leurs utilisateurs sur leur site au centre de leur réussite, à tel point que leurs positions semblent inexpugnables par leurs concurrents, malgré les nombreuses tentatives de copie. J.Nielsen estime que, pour prendre la place de ces services "établis sur le net", il faut être deux fois plus utilisable qu'eux (j'ai perdu le lien, quelque part sur useit). L'utilisabilité est non seulement un outil de conquête de nouvelles clientèles mais constitue un moyen efficace de protection de vos parts de marché.

  3. Bâtir un site utilisable ne coûte pas plus cher que d'en bâtir un mauvais en terme de dépense initiale, alors que construire une offre de qualité est souvent difficile, nécessite de nombreux essais et erreurs, et mobilise l'essentiel des ressources de votre entreprise. Il est dommage que l'accessibilité de ces efforts à votre clientèle potentielle soit amoindrie par un site à l'ergonomie négligée. L'utilisabilité d'un site peut être le facteur multiplicateur du retour sur l'investissement que votre entreprise a consenti pour s'imposer, mais, mal prise en compte, elle peut réduire à peu de chose des centaines d'heures d'effort de vos forces vives.

  4. Enfin, l'utilisabilité est un des leviers qui va vous obliger clairement à vous mettre plus encore à la place de votre client pour déterminer ses attentes dans le cadre de sa relation avec vous. Cela peut favorablement faire évoluer les mentalités de l'entreprise, surtout si elle traverse une phase de sa vie où le client a été quelque peu perdu de vue, comme cela arrive parfois.

Elargissement de votre clientèle, protection de vos parts de marché, meilleure visibilité de votre offre, meilleure compréhension et meilleure réponse aux besoins de vos clients : au total, c'est tout votre business que vous pouvez transcender grâce à un (relativement faible) investissement dans l'utilisabilité de vos services online. alors, plongez !


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