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Résultats
du test
La
synthèse du test fait apparaître les
résultats suivants :
en
ce qui concerne les tâches accomplies lors de
la première série de quatre
tâches (deux testeurs sur la version
graphique, deux sur la version texte) :
- 4
tâches complétées sur 8 pour
la version graphique, 6 sur 8 pour la version
texte.
- Pour
les quatre taches accomplies dans les deux cas,
le temps d'accomplissement à
été inférieur de 5 à
119 % toujours en faveur de la version texte.
- Le
nombre d'erreurs et de retours en arrière
sur la version texte a été
inférieur de 40% à celui
observé sur la version
graphique.
Dans
un deuxième temps, les testeurs ont
réaccompli les quatre tâches sur la
seconde version. Les 2 personnes ayant
commencé par la version graphique ont
amélioré leur temps
d'exécution pour chaque tâche sur la
version texte, et ce à chaque fois, ce qui
est logique puisqu'ils avaient en mémoire
l'emplacement des pages.
On
aurait pu s'attendre à ce qu'il en soit de
même pour les personnes passant de la version
texte à celle comportant les menus
déroulants. Et bien, de façon
surprenante, pas du tout ! si le nombre de
tâches complétées (6/8) n'a pas
régressé, le temps d'exécution
a été amélioré pour une
d'entre elle, égalé pour deux autres,
et augmenté de 15 à 55% dans les
trois autres cas.
Malgré
le faible nombre de testeurs, on peut donc affirmer
sans crainte que l'utilisabilité de la
version texte est nettement supérieure
à celle de la version graphique.
Commentaires
et impressions subjectives des testeurs pendant
l'exercice
l'expression
à voix haute des utilisateurs et
l'observation de leur navigation fait
apparaître les éléments
suivants :
La
principale cause des mauvais résultats de la
version graphique tient dans l'utilisation des
menus déroulants (ainsi que dans la
"télécommande" de la version
graphique qui irrite les utilisateurs plus qu'elle
ne les éclaire). Les explications sont les
suivantes :
- Le
comportement des menus déroulants est
inconsistant: lorsque la souris passe sur
l'intitulé primaire des menus
latéraux-gauche (par exemple : "chantiers
gouvernementaux"), le pointeur de la souris se
transforme en main en même temps que la
liste déroulante apparaît, laissant
à l'internaute croire que
l'intitulé primaire est cliquable. Or, si
l'on clique dessus, rien ne se passe : seul le
menu déroulé est réactif.
Il est frappant de voir que même
après plusieurs passages, certains
utilisateurs se laissent prendre et essaient
plusieurs fois de cliquer l'intitulé
primaire. Les moins expérimentés
sont réellement rendus perplexes par
cette anomalie de fonctionnement et ne s'y
habituent que très lentement.

Vous
aurez beau cliquer sur la colonne de gauche, rien
ne se passe
bien qu'une main apparaisse. seul le menu
déroulant de droite est réactif.
notez également la petitesse des polices de
caractères.
- Il
y a nécessité pour cliquer
sur une zone déroulante d'avoir un
mouvement extrêmement précis de la
souris, horizontal puis vertical, vu
l'étroitesse des zones
considérées, pour cliquer
exactement à l'endroit voulu. Si
l'utilisateur fait glisser la souris de
façon oblique (ce qu'il fait souvent,
l'homme ayant une propension naturelle à
réduire ses mouvements au minimum...),
alors la liste déroulante change et
correspond à celle qui se serait
déroulée si l'utilisateur avait
choisi l'intitulé primaire de la ligne
suivante. Gênant.
- Plus
ennuyeux : Les utilisateurs ayant testé
le site via modem ont trouvé les temps
de chargement de la version graphique
agaçants. "Si ce n'avait pas
été un test, je serais parti
depuis longtemps", a dit l'un d'eux.
- Un
temps de latence est nettement perceptible (via
modem) entre l'affichage des intitulés
primaires et l'apparition des menus
déroulants.
- La
lisibilité des listes déroulantes
est médiocre, à cause de
l'emploi de polices liliputiennes. Au contraire,
les liens qui apparaissent sur une nouvelle page
dans la version texte sont d'une taille normale
qui les rend parfaitement intelligibles, et leur
permanence à l'écran,
indépendamment de la position de la
souris, semble décontracter l'utilisateur
qui peut mieux les enregistrer.
- Les
intitulés des listes déroulantes
sont nécessairement courts donc pas
forcément toujours très
explicites. Les placer sur une pleine page
nouvelle permettrait de les étoffer (mais
la version texte du site du PM ne profite pas de
cette possibilité).
- La
principale observation du test est que les
listes déroulantes sont beaucoup moins
mémorisables que les liens hypertextes
classiques sur une page
séparée. Alors que les
utilisateurs de la version texte voient le temps
nécessaire à l'accomplissement des
tâches diminuer au fur et à mesure,
les utilisateurs de la version graphique ne
semblent pas progresser. De même, les
retours en arrière et les « fausses
pistes » diminuent plus rapidement avec la
version texte qu'avec les menus
déroulants. Le site graphique est donc
beaucoup moins mémorisable que son
homologue hypertextuel. C'est pourtant là
un élément essentiel de
l'utilisabilité d'une interface
homme-machine.
Pourquoi
l'analogie avec le logiciel classique ne fonctionne
pas :
La
principale raison pour laquelle les concepteurs de
certains sites croient que les menus
déroulants apportent un plus à
l'utilisateur est liée à l'usage
massivement répandu de cette technique dans
les logiciels que tout le monde utilise au bureau.
Ils présupposent que cette analogie
facilitera l'usage des sites ainsi
équipés.
Bien
à tort ! Tout d'abord, on notera qu'un
utilisateur a en général besoin d'une
formation ou de nombreux tâtonnements pour
comprendre un logiciel inconnu.
D'autre
part, s'il a installé le logiciel, c'est
avec une certaine motivation, et l'envie de passer
le temps nécessaire pour en exploiter les
possibilités qui l'intéressent.
Sur le web, le temps que l'internaute est
prêt à passer pour comprendre le
fonctionnement d'un site est proche de zéro
: soit le site est immédiatement
intuitif, soit une importante proportion
d'utilisateurs va voir ailleurs.
Ensuite,
les menus déroulants des logiciels
obéissent à une logique
particulièrement rigoureuse y compris
lorsque l'on change de logiciel, voire même
de système d'exploitation :
- Le
premier menu s'appelle toujours « fichier
», on est à peu près sur d'y
trouver des commandes d'ouverture, de fermeture,
de sauvegarde du travail en cours,
etc...
- Le
second menu se nomme presque toujours «
édition », avec les fonctions «
copier-couper-coller-annuler »,
- Le
troisième concerne souvent l'affichage,
- Le
dernier est le menu d'aide,
- Et
seulement entre cette aide et l'affichage, deux
ou trois menus propres à chaque
application, qui demandent un temps
d'apprentissage plus
élevé.

La
barre de menus de la plupart des logiciels comporte
invariablement
la séquence "fichier | édition |
affichage .... aide"
cette permanence facilite en général
l'apprentissage des logiciels.
Rien
de tout çà avec les menus
déroulants sur internet : chaque concepteur
fait ce qu'il veut, et les menus sont
imprévisibles, non constants d'un site
à l'autre...
Enfin,
le logiciel a pour fonction de manipuler des
contenus, de les éditer, modifier, bref,
d'agir sur un contenu qui évolue par
séquences sur l'écran. A contrario,
le web est d'abord un outil de navigation dans une
masse de contenus, visant à faire se
succéder divers objets à
l'écran, avec un niveau d'interaction assez
limité avec ces objets. Les
éléments d'interface adaptés
à la première fonction ne le sont pas
forcément à la seconde.
Qu'en
déduire pour le site du premier ministre et
pour les autres :
Le
site du PM gagnerait à remplacer en "prime
access" sa mouture graphique (à supprimer
complètement) par la version texte. Aucun
utilisateur, interrogé après le test
comparatif, n'a estimé que le site
était "plus cool" ou "plus
intéressant" lorsqu'il était
graphique... Même si certains reconnaissent
qu'ils n'auraient peut être pas
exprimé la même chose si on leur avait
simplement montré des captures
d'écrans, sans qu'ils ne l'utilisent
vraiment.
D'une
façon générale,
préférez une navigation
classique, quitte à répartir les
choix sur deux niveaux d'arborescence, avec des
pages rapides à charger. N'essayez pas
à tout prix de permettre toutes les options
de navigation sur une seule page, et surtout
n'essayez pas de singer sur le web les techniques
de design des logiciels bureautiques: elles n'ont
pas les mêmes finalités, et ne sont
pas toutes adaptées à la navigation
inter-documentaire.
PS.
Ce test du site du PM a
révélé des points forts et
d'autres imperfections indépendantes de sa
version, qu'il n'est pas du propos de cet article
de traiter. Je vous laisse le
soin de les
découvrir.
V.BENARD.
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