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Cet article a une suite, consécutive à la parution d'un dossier "cybers" dans le JDN

Voir aussi l'intéressante réponse du directeur marketing de houra.fr à cet article

l'expérience utilisateur, clé du succès des sites sur internet.

Chapitre "études de sites"

ailleurs sur le web

Dossier du JDN sur les cybermarchés.

Ooshop, télémarket, C-mescourses, houra, quatre sites de commerce électronique très perfectibles.

Une autre France, un site spécialisé dans l'épicerie du terroir, qui développe une approche intelligente du commerce en ligne.

Créative Good, "e-commerce holiday report 2000", au format pdf - ou comment améliorer à peu de frais les résultats d'une boutique en ligne grâce à une meilleure utilisabilité. (document au format PDF)

Dack.com, comment dessiner correctement un panier d'achat et un processus de paiement (attention, quelques désaccords avec le papier de creative good ci dessus)

La grande distribution a-t-elle bien compris le commerce électronique ?

page créée le: 13/01/2001
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Résumé: Les hypermarchés en ligne actuels sont trop difficiles à utiliser et exploitent insuffisamment les ressources du réseau pour espérer devenir des canaux de distribution majeurs. Mais des progrès importants sont possibles, comme le montrent déjà certaines start-up.

NB. Cet article a une suite et a suscité une réponse du directeur marketing de houra.fr

Certains supermarchés en ligne déclarent pour la fin de l'année 2000 des progressions encourageantes de leurs clientèle: Telemarket (groupe e-laser/galeries lafayette) revendique 27500 livraisons en novembre, soit 71% de progression par rapport à octobre, Houra (groupe bouriez-cora) affiche sur son site 35000 clients.
Quant à Ooshop (carrefour) et C-mescourses (Casino), ils ne donnent pas de chiffre sur leur site. D'après Netsurf, C-mescourses pèse 500 commandes quotidiennes.

Ces chiffres encore modestes (et invérifiables de surcroit) montrent que ces canaux de distribution restent pour l'instant confidentiels par rapport aux hypermarchés classiques. La question est de savoir si, partis comme ils sont, les e-distributeurs peuvent espérer attirer une clientèle beaucoup plus large, ou si leurs sites resteront marginaux par rapport à leur activité globale.

Les grandes surfaces en ligne doivent progresser !

Un surf sur les 4 sites ci dessus m'en a vite convaincu : en l'état actuel, ils ne peuvent espérer séduire qu'une clientèle marginale, celle qui se sent à l'aise avec un certain degré de complexité informatique, et qui trouve dans le fait d'acheter de chez soi un avantage compétitif majeur (clientèle parisienne sans voiture et/ou sans ascenseur, par exemple) qui vaut bien la peine d'affronter des sites pénibles d'usage, et des politiques tarifaires quelconques.

Pourquoi ? Ces sites doivent tout d'abord composer avec les inconvénients inhérents du commerce online par rapport à sa variante classique. De plus, chacun accumule des erreurs de conception qui détériorent l'expérience utilisateur. S'ils veulent élargir significativement leur clientèle, ils doivent y remédier au plus vite.

Les avantages et inconvénients intrinsèques du commerce Online par rapport à la grande distribution classique.

La qualité de l'expérience vécue par l'utilisateur sur un site de commerce est conditionnée par 4 critères (cf. Veblog, l'expérience utilisateur, clé des succès des sites internet): qualité de l'offre, utilisabilité (que l'on peut diviser en "confort " et "facilité" d'utilisation), confiance, et qualité du service. A l'aune de ces quatre critères, le tableau ci dessous restitue les avantages de chaque canal de distribution:


avantages de la distribution en ligne

avantages de la distribution classique

qualité perçue de l'offre

avantage: hypermarchés classiques

Aucun...

1. Des prix plus bas pour les grandes surfaces. Seuls les supermarchés urbains parisiens type monoprix sont plutôt plus onéreux que les boutiques en ligne.
Les coûts logistiques du commerce en ligne ne permettent pas pour l'instant de compenser les coûts immobiliers moindres.

2. Les grandes surfaces offrent généralement des galeries commerciales leur permettant d'afficher une offre complémentaire ciblée et de qualité.

3. L'impression dominante est que pour chaque catégorie de produit, les grandes surfaces offrent un choix plus vaste.

4. On peut voir , toucher, et sentir les produits alors que les photos des sites de commerce en ligne sont généralement médiocres.

utilisabilité

confort

avantage : hypers en ligne

Pas nécessaire de prendre la voiture, de se garer, de piloter un caddie, de charger et décharger un grand volume de courses... on est au chaud chez soi (ou au bureau...)

Possibilité de constituer des listes de courses répétitives mémorisées par le site et rachetables en un clic.

Pas de rayons bondés, pas de queue aux caisses...

Le temps perçu off-line parait souvent plus court et moins stressant que le temps passé online.

Le temps de chargement des photos sur un site nuit à la qualité de perception des produits

facilité, compréhension, aides à l'utilisation

avantage : hypermarchés classiques

Un bon moteur de recherche permet de repérer très facilement les produits les plus confidentiels, qu'il faut parfois chercher dans les rayons.

Le total des achats du panier s'affiche en permanence, le consommateur sait où il en est de ses dépenses.

La compréhension du fonctionnement d'une grande surface est instinctive, au contraire des sites de CE, dont la complexité du point de vue de l'interface utilisateur constitue une véritable barrière à l'entrée pour les moins technophiles.

L'offre des différents rayons peut être embrassée d'un coup d'oeil, les produits sont souvent plus faciles à repérer.

Les comparaisons entre produits de même catégorie sont facilitées.

confiance

avantage: hypers classiques,
pour l'instant.

Potentiellement, l'hypertexte et l'espace du web permettent d'améliorer l'information sur chaque produit présenté, bien mieux que ne le fait l'emballage du produit ou les vendeurs. Des informations sur la composition, la fabrication, le fabricant, les garanties associées à chaque produit deviennent en théorie accessible. Malheureusement, aucun site de grande distribution n'exploite cette possibilité.

Pas de préjugé défavorable sur la sécurité du paiement par carte à une caisse de supermarché au contraire du paiement en ligne
(préjugé certainement injustifié, mais pour l'heure, cela handicape le commerce en ligne)

Les marques de supermarchés sont connues, alors que les sites en ligne ont une notoriété encore marginale. Donnerez vous votre numéro de carte à Houra ou Ooshop ?

Le consommateur peut facilement vérifier les dates de fraîcheur des produits.

qualité de service

Avantage: hypers en ligne,
avantage qui se creusera au fur et à mesure

Sous réserve que les délais soient respectés, la livraison à domicile est un plus indiscutable.

La constitution de listes d'achats renouvelables

Possibilité d'offrir des promotions adaptées aux habitudes d'achat de chaque client dès la page d'accueil (l'entrée du magasin)

Livraison à domicile: la distribution classique s'y met aussi.

Le consommateur sur place se trompe moins souvent de produit et de quantité que le livreur

Pour l'instant, les personnes connectées par modem paient pour visiter les sites de commerce en ligne. (au delà de leur forfait temps bien sûr). Avantage qui disparaîtra avec les connections forfaitaires et pseudo-rapides.

On le voit, les arguments naturels des uns et des autres s'équilibrent. Mais alors que la grande distribution, forte de quarante années d'expérience, a réussi à optimiser les forces de son modèle, les sites de commerce en ligne amplifient leurs défauts en commettant de nombreuses erreurs de jeunesse.

Les erreurs des sites de commerce en ligne:

1. Erreurs communes:

  • Les marques avancent masquées... Ont elles honte de leurs sites ? Pourquoi inventer des noms (parfaitement ridicules parfois, au demeurant), comme ooshop ou c-mescourses, alors que carrefour et géant-casino sont des marques connues, dont l'adresse en ligne est mémorisable, et à qui l'internaute craintif sera plus enclin à confier son numéro de carte ? De plus, cette séparation apparente des activités on et offline ne permet pas de faire jouer les synergies possibles entre ces deux canaux (voir plus bas)
  • L'information à propos des données recueillies en ligne sur l'internaute et de l'usage qui en est fait est insuffisante.
  • La qualité de la présentation des produits (photographie...) en ligne est médiocre.
  • Le processus de paiement est généralement mal dessiné, avec des indications peu claires

2. Erreurs propres à chaque site:

  • Ooshop: le pire de tous. Oblige à naviguer en activant la machine java du navigateur, sans expliquer pourquoi çà ne marche pas si on ne l'a pas fait. Plante parfois la machine de l'utilisateur. Oblige à créer un compte avant le premier achat. Plusieurs personnes me rapportent que lors d'une erreur dans le processus de paiement, ils ont perdu l'intégralité des saisies de leur panier. Navigation dans les catégories de produits perfectible. nullissime.
  • Telemarket: Trop de "frames" rendent la navigation confuse en 800X600. Lenteur exaspérante du serveur le jour du test. Choix par catégorie très moyen.
  • Houra: le plus facile à naviguer... quand il marche. Certains liens sont erronés. Le chargement des pages est lent, mais moins que pour telemarket ou c-mescourses. Photos très médiocres. Offre par produit très moyenne. moteur de recherche curieux ("marron glacé" vous emmène aux rouges à lèvres...). Le moins mauvais des quatre.
  • C-mescourses: presque aussi mauvais qu'ooshop. affichage des pages incroyablement lent. "Frames" trop nombreuses nécessitant trop de défilement horizontal en 800X600. Processus d'inscription et de paiement dessiné en dépit du bon sens. offre par produits très médiocre et chère. Serveur très lent. Catastrophique.

On le voit, l'expérience-utilisateur peut être largement améliorée sur chacun de ces sites, en proposant une offre plus attractive, et surtout en améliorant considérablement leur utilisabilité.

Cependant, les grandes surfaces pourraient aller beaucoup plus loin et mieux exploiter les atouts intrinsèques du commerce électronique, ainsi que les synergies On et Off line.

Aller au delà de la simple transposition en ligne des concepts du commerce classique

Les sites des grands distributeurs semblent avoir été conçus pour reproduire en ligne les concepts des hypermarchés: des rayonnages, des caddies, une photo (mauvaise) pour chaque produit, un bouton "ajouter au panier", et voilà, le site est prêt à utiliser. Dans ce cas, le distributeur ne joue que sur un seul des avantages du commerce en ligne, c'est à dire la possibilité de faire les courses de chez soi, à partir de listes de courses répétitives. On peut aller beaucoup plus loin.

1. Exploiter les synergies on/off-line

en créant des sites sous leur marque, les grands distributeurs pourraient mieux associer les expériences on et off-line de leurs clients: par exemple, on peut imaginer que tout ticket de caisse comporte un numéro, que l'internaute pourra ressaisir sur le site du commerçant, créant ainsi sans effort la base de sa première liste d'achat (la saisie du premier panier sur un site comme Ooshop est tout simplement pénible, tant la navigation entre les produits est mal conçue...).

De même les achats dans un canal de distribution peuvent donner lieu à distribution de "points" de réduction valables aussi bien en ligne qu'en magasin. Ainsi, il est possible de mettre en place de véritables politiques de fidélisation.

2. Développer l'information sur les produits, y associer les producteurs

On l'a vu dans le tableau ci dessus, le web permettrait de développer une meilleure information sur chaque produit. Ainsi, sa composition, sa valeur diététique, mais aussi des explications sur sa fabrication si elle est artisanale, sur son label de qualité s'il en a un, sur ses qualités écologiques, l'éthique de ses usines, etc... Pourraient être communiquées au client, qui pourrait ainsi "vivre le produit", à défaut d'avoir une relation sensorielle avec lui comme dans un hyper.

Un exemple qui montre la voie à suivre nous est fourni par une start up spécialisée dans les produits du terroir, "une autre France", qui à chaque produit relie son producteur, et essaie ainsi de communiquer les valeurs qui y sont associées. En outre, ce site présente des photographies d'excellentes qualité, quoique bien optimisées. Là où les sites d'hypermarchés donnent la possibilité d'acheter en ligne, ce site en donne envie. Et son utilisabilité, quoiqu'encore perfectible, est tout à fait correcte. Souhaitons à cette sympathique entreprise un franc succès pour son approche intelligente du commerce en ligne. (www.une-autre-france.com)

On me rétorquera qu' une petite boutique référençant quelques centaines de produits n'est pas un hyper avec ses milliers de références, et qu'il serait dispendieux pour une enseigne aux marges resserrées de faire un tel effort de communication pour chaque article. Mais les progrès des systèmes de mise en ligne de l'information permettent de faire assurer ce travail par le producteur lui même, celui ci pouvant remplir (automatiquement, via un extranet bien conçu à partir de son propre catalogue...) pour chaque produit référencé un petit ensemble de pages au gabarit préformé, en vantant les aspects les plus intéressants, présentant de bonnes photos, et des liens vers son site pour une information plus approfondie... Sans parler de renseignements sur la traçabilité et la sécurité sanitaire des aliments sensibles.

Le législateur pourrait d'ailleurs grandement faire progresser l'information au consommateur en rendant ce type d'information obligatoire. Qu'en pense la DGCCRF ?

Là encore la synergie on et off line peut être améliorée en permettant à tout acheteur dans un hypermarché de retrouver les informations sur un produit via le web, à partir de son nom ou de son code-barre.

3. Associer les consommateurs

Amazon (une fois encore...) a montré que prendre le risque de faire évaluer les produits en ligne par les clients se révèle payant, car l'information dispensée ainsi est source de mise en confiance des internautes. Cela permet en outre d'assurer un feed-back inégalable sur chaque article, information précieuse tant pour le distributeur que pour le fabricant. Cette transparence ne parait pas nuisible aux affaires, et parait de nature à limiter le volume des invendus.

Les distributeurs sont ils réellement prêts à s'améliorer en ligne ?

Le fait que les distributeurs aient créé leurs premières boutiques sous un "faux nom" semble montrer une certaine réserve par rapport au commerce en ligne:

1. Peur que le commerce en ligne ne cannibalise les ventes des magasins classiques ?

2. Peur qu'un échec éventuel ne nuise à l'image du groupe: n'ont ils pas cru suffisamment au potentiel du commerce en ligne au démarrage ?

3. Peur que leur logistique se révèle déficiente en cas de succès trop large ?

Ces réflexes défensifs doivent disparaître au profit de stratégies plus agressives. Car le premier groupe à offrir une expérience en ligne correcte aux internautes risque de gagner des parts de marché qui seront difficiles à reprendre par les "traînards". Et mieux vaut pour une enseigne que la baisse semble-t-il inéluctable des parts de marché des hypers classiques s'opère au profit de son propre commerce en ligne qu'à celui de ses concurrents.

Voir l'intéressante réponse du directeur marketing de houra.fr à cet article.


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