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Bruce Tognazzini, dans "making the right technology decision", pointe les défauts des interfaces web.

Un article de la MTIC sur la conversion aux technologies web des systèmes d'information.

Lab, un loueur d'applications (ASP) parmi d'autres.

Les progrès que doivent accomplir les navigateurs web

pour faire fonctionner correctement des applications intranet ou ASP.

page créée le: 31/12/2000
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Résumé: le déploiement d'applications "web" à travers un navigateur apporte aux services informatiques des avantages indéniables en terme de coûts d'installation et de maintenance. En contrepartie, les interfaces mises ainsi à disposition des utilisateurs finaux sont médiocres. Des améliorations devront être apportées aux navigateurs sous peine de voir ces utilisateurs perdre dramatiquement en productivité.

Un concept prometteur : les applications "webisées", accessibles via un intranet ou un "application Service Provider" (ASP)

Le principe est simple : grâce aux progrès des serveurs d'application et du déploiement des bases de données sur internet, il est possible de créer des sites offrant les mêmes fonctions que vos logiciels courants (bureautique, gestion, groupware...) à travers un navigateur web. Pour les services informatiques, déployer ce type d'application présente un gros avantage par rapport à la bureautique classique et aux applications " client-serveur " : l'application ne doit être installée que sur un serveur central connecté à l'intranet de l'entreprise (ou mis à disposition sur internet par une société ASP) , et ne doit être maintenue que sur ce serveur. L'utilisateur y accède via son navigateur, par conséquent aucune installation n'est à faire sur chaque poste. De même, en cas de mise à jour de l'application, seul le poste serveur est concerné, les utilisateurs découvrent la mise à jour en ouvrant une page dans leur navigateur.

Ces avantages permettent de réduire souvent de façon drastique les coûts de l'informatisation : moins de licences à acheter, moins de temps passé au déploiement et à la maintenance des applications. Les ASP vont même jusqu'à facturer les applications en fonction du temps réel d'utilisation (location à la durée), ce qui peut être rentable si le coût de location est correctement établi.

De plus, ces applications, en forçant l'utilisateur à stocker ses productions sur des volumes partagés, permettent de jeter les bases d'un partage des documents, donc des connaissances, en entreprise. (voir veblog, futur des réseaux : des systèmes pour gérer l'overdose d'information et partager la connaissance dans l'entreprise)

Le concept est très prometteur. Des sociétés comme LAB (www.linux-at-business.com) tentent de s'implanter en entreprise en proposant plusieurs dizaines d'applications différentes selon ce mode, et de nombreux Directeurs des Systèmes d'Information semblent très intéressés. Pour autant, ce modèle logiciel est il parfait ?


Les défauts actuels des " web-applications " :

les applications " webisées " (difficile de trouver un vocable reconnu et agréable à l'oreille - applications " client léger " ? il semblerait que le terme "web services" s'impose, même s'il ne me paraît pas vraiment adapté) ont hélas des défauts qui peuvent gravement affecter l'expérience vécue par leurs utilisateurs :

  • Un défaut mineur qui sera vite résolu : les volumes de stockage de documents offerts en ASP sont trop faibles.
  • Les applications ASP transitent via les tuyaux trop étroits de l'internet, et les hauts débits ainsi que la qualité de transmission nécessaire au fonctionnement satisfaisant de ces applications se feront attendre encore quelques années (voir veblog, les fausses promesses du haut débit). Cet inconvénient est en partie amoindri si l'application est placée dans un serveur sur un réseau local, encore que le nombre de données circulant sur le plus performant des réseaux (Réseau 1Gb/s) soit 3 à 6 fois inférieure à la quantité de données pouvant s'échanger dans le même temps à l'intérieur d'un seul ordinateur. Les applications les plus gourmandes en puissance (3D, imagerie de synthèse, etc...) auront beaucoup de mal à fonctionner selon ce mode pendant encore quelques temps.
  • Le plus gros défaut de ces applications, hélas rarement perçu par les services informatiques, est le recul qu'elles font subir à l'utilisateur en terme d'interface, recul pouvant affecter leur productivité. En effet, les navigateurs ont été conçus dans un but bien précis : naviguer dans des séries de documents reliés entre eux par des liens hypertexte. Les barres de menus, d'outils, d'adresse contenus dans les navigateurs leurs sont propres et ne sont pas adaptées à d'autres usages.

Regardons l'image ci dessous, représentant une interface d'éditeur de texte évolué vue à travers un navigateur (en fait, cette interface provient d'un serveur d'édition web à distance, editthispage.com, mais le principe est le même):


Les commandes du navigateur ne sont pas adaptées à l'application
celle ci occupe une part insuffisante de l'espace écran.

Apparemment, la partie centrale du navigateur affiche une interface rappelant celle d'un traitement de texte classique. Mais en analysant plus finement cette page, on voit que l'espace écran est très mal utilisé : moins du tiers pour la surface de saisie consacrée à l'application. En outre, il est encombré de commandes du navigateur qui n'ont rien à voir avec l'édition de texte : signets, recherche, l'icône internet explorer, plus de 70 commandes qui n'ont rien à voir avec la tâche en cours...

Par exemple, la touche "retour" du navigateur est ici particulièrement perturbante, puisqu'elle ne signifie ni l'effacement de la dernière saisie ou l'annulation de la dernière opération, mais bel et bien le retour sur la page précédent l'application "édition de texte". Si celle ci a été moyennement programmée, l'utilisateur peut en outre perdre ses saisies par un appui accidentel sur cette touche. De même, la fonction "enregistrer" du menu fichier sauvegardera la page html et non le travail en cours, obligeant le concepteur de l'application à créer un bouton "enregistrer les changements" en bas de la fenêtre de saisie, et l'utilisateur à changer ses vieilles habitudes et à ne pas utiliser la fonction "enregistrer" du menu fichiers, etc...

On me rétorquera qu'il est loisible de faire ouvrir l'application dans une nouvelle fenêtre, pour lesquelles on empêchera les barres standard du navigateur de s'afficher et pour lesquelles on recréera (à l'aide d'images et de programmation DHTML) une pseudo interface proche des applications bureautique classiques. Cela ne supprimera pas les autres inconvénients nés du passage à travers un navigateur :

1. Le support des fonctions d'annulation à travers un navigateur est mauvais. La plupart des applications bureautiques classiques offrent plusieurs niveaux d'annulation (fonction "annuler" du menu "édition" dans la plupart des applications standard), que le navigateur ne sait pas reproduire. Il faut programmer ces fonctions d'annulation au niveau du serveur, ce qui est consommateur de temps et de ressources.

2. Les temps de réaction des applications à travers un navigateur sont incroyablement lents, car les navigateurs actuels sont trop lourds. Bruce "Tog" Tognazzini, grand professionnel de l'interface utilisateur (un des pères de l'interface graphique des premiers MacIntosh), considère que les applications "client léger" ramènent l'utilisateur à des niveaux de lenteur identiques à ceux qu'il avait connu en 1978, à la naissance de la micro informatique. Les utilisateurs ont souvent une perception désagréable de décalage entre le lancement d'une action et son exécution.

3. Le navigateur supporte très médiocrement le "glisser-déposer ", pourtant bien utile dans de nombreuses applications usuelles.

4. la visualisation d'un travail à travers un navigateur est rarement conforme à son impression, car le support de l'affichage "wysiwyg" (conforme à l'écran à ce qu'il sera sur papier) y est mauvais.

5. Enfin, à travers un navigateur, le programmeur n'est pas obligé de respecter les règles de programmation propres à un système d'exploitation donné (ce sont ces règles de programmation qui unifient les comportements des menus, des clics de souris, etc... d'une application à l'autre). Et les concepteurs d'application, lorsqu'ils ont la liberté de faire n'importe quoi, font parfois... n'importe quoi. Tous les concepteurs web récemment convertis à la "web-lication" ne sont pas, loin s'en faut, des spécialistes de l'interface utilisateur...

Il y a sans doute d'autres défauts aux interfaces de ces applications " webisées ". Ces défauts limitent le champ de ces produits à des secteurs très précis : applications privilégiant les saisies textuelles ou à base de cochage (QCM, groupware léger, et éventuellement édition de texte), ou focalisées sur l'exécution de tâches simples. En revanche, les programmes demandant une forte puissance et des saisies de précision (dessin, vidéo, musique, CAO, etc...) sont très mal adaptées à un tel mode de fonctionnement.

Comment remédier à cela ? sur la piste du navigateur ultra léger.

Deux pistes semblent envisageables pour améliorer le support d'applications via un navigateur :

1. Utiliser des plug-ins, comme flash 5, pour programmer des interfaces d'application. Flash 5, par ses possibilités de programmation, son support du "glisser déposer", amène un début de solution aux problèmes énoncés ci avant. Pour peu que l'équivalent du "guide méthodologique de développement d'interfaces utilisateurs" (existant tant pour windows que pour Mac) existe pour ce type de logiciel, on pourrait voir apparaître des initiatives intéressantes. Toutefois, ajouter une couche logicielle supplémentaire (flash) par dessus un navigateur naturellement lent (explorer) et des réseaux engorgés, ne rendra pas l'application plus rapide...

2. Créer un nouveau type de navigateur "ultra léger", complètement intégré à l'OS de la machine, le "navigateur vide", et stocker à part diverses interfaces utilisateurs (dont celles du navigateur classique). Lors du premier lancement d'une application, les éléments d'interface seraient récupérés de façon transparente sur le serveur et installées sur la machine de l'utilisateur. Au lancement suivant, le navigateur ultra léger irait récupérer la bonne interface dans son disque dur, et l'application tournerait plus rapidement. De plus, les programmeurs pourraient à loisir répartir la puissance de calcul entre le serveur et le poste de l'utilisateur final, en transférant les opérations très répétitives au niveau poste utilisateur.

Ce navigateur ultra léger supporterait "nativement" les niveaux d'annulation, l'affichage "wysiwyg", le glisser-déposer, et son intégration à un système d'exploitation orienté réseau (voir veblog, réseaux du futur et gestion de l'overdose d'information) conférerait aux applications des possibilités d'indexation et de gestion électronique documentaire accrues...

Malheureusement, le manque de concurrence tant sur le marché des systèmes d'exploitation que sur celui des navigateurs (microsoft ayant dans ces deux cas réduit la concurrence à des parts de marché marginales) me laisse craindre que ces évolutions, pourtant souhaitables, restent à l'état de vœu pieux, d'autant plus que la justice américaine semble vouloir interdire à Microsoft toute velléité d'intégration entre navigateur et système... Dans ces conditions, l'acceptation des applications "webisées" par les utilisateurs sera moins facile que ne le prévoient leurs défenseurs les plus enthousiastes.


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