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Les fausses promesses des hauts débits

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Futurologie : pourquoi le texte restera important sur l'internet
même lorsque le haut débit pour tous sera une réalité.
page créée le: 16/12/2000
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Résumé: ceux qui, du fait de l'avènement plus ou moins proche des hauts débits, prédisent la fin d'un internet essentiellement textuel au profit d'un web plus fun, essentiellement fondé sur de la vidéo ou des animations, se trompent. Le "bête" texte a des qualités que bien peu de "média riches" peuvent lui disputer et restera un outil de communication incontournable du Net.

Projetons nous dans un avenir plus ou moins lointain (4 à 6 ans pour les plus optimistes, 10 à 15 ans selon moi - voir sur veblog, les fausses promesses du "haut débit"). A cette époque, la bande passante disponible pour chaque internaute sera largement suffisante pour transmettre sans heurts des contenus de type "rich-media" (vidéos, animations, vidéos interactives, etc...), et les protocoles de transmission de l'internet auront progressé pour offrir une qualité d'image animée égale à celle observable aujourd'hui sur nos téléviseurs.

Il n'en faut pas plus à certains pour prédire une évolution radicale du web, ou les sites "textuels" (aujourd'hui dominants) seront supplantés par un raz de marée des sites "rich-media", hautement interactifs et "high tech". Je pense qu'ils se trompent lourdement, et que l'on assistera à un simple rééquilibrage partiel entre ces deux types de contenus, de même que la télévision n'a pas tué la presse écrite. Voici pourquoi.

1. Approche technologique contre approche par les besoins, les coûts, et les usages.

Les tenants d'un internet du futur "high tech" sont généralement issus de milieux baignant dans une ambiance de haute technologie, celui des premiers adoptants de l'internet, au premier rang desquels on trouve de nombreux développeurs informatiques, graphistes web, graphistes 3D. Leur motivation à surfer sur Internet est essentiellement lié à l'attrait de la nouveauté, et au besoin de découvrir de nouveaux horizons technologiques.

Mais cette attitude pleine de curiosité vis à vis de la technologie est et restera ultra minoritaire parmi la population totale d'utilisateurs d'internet (cf. cet excellent article de Simon d'Hertzfeld, ingénieur chez Icon Médialab) . La plupart utilisent le net dans le but d'en tirer le plus de valeur ajoutée personnelle avec un minimum d'effort, et aiment les technologies "transparentes", utilisables intuitivement sans apprentissage et sans se poser de question.

Les concepteurs internet croient souvent que l'internet du futur sera ce qu'il voudraient qu'il soit déjà pour eux mêmes. Mais ce n'est pas la performance technologique qui guide les évolutions des habitudes de consommation, ce sont les besoins et les goûts des consommateurs, et la capacité du marché à les satisfaire à un coût acceptable. De ceci, il résulte que l'internet textuel a toutes les chances de rester dominant.


2. Produire du bon texte sera toujours moins cher !

Même si le prix des caméras numériques chute, et même si des logiciels comme i-movie permettent à tout un chacun de se prendre pour le roi des effets spéciaux, le coût de production d'une page de texte sera toujours beaucoup plus faible que celui de l'équivalent vidéo ou animation flash nécessaire pour faire passer la même quantité d'informations. De plus, le nombre de gens capable d'écrire de bons textes sera pendant encore très longtemps supérieur à celui de ceux capables de produire des séquences "rich-media" de qualité.

Par conséquent, nombre d'acteurs du net, qui auront besoin ou envie de diffuser de l'information, préféreront produire du texte, éventuellement enrichi d'illustrations simples (photos, graphiques), que du contenu "rich-media", moins facile à financer et à rentabiliser.

3. Dans de nombreux cas, l'utilisateur préférera une information sous forme textuelle sur internet.

Les détracteurs de mon argumentation précédentes me rétorqueront que même si les producteurs d'information préfèrent produire du texte, les consommateurs s'orienteront plus vers des contenus "rich media" car ceux ci seront plus attractifs, moins austères, et que cela forcera les producteurs d'information à suivre. Si tel était le cas, la presse quotidienne et magazine serait morte depuis longtemps face à la télévision. Il n'en est rien. En effet, le texte bien écrit est un merveilleux outils pour diffuser et surtout recueillir de l'information:

  • Le texte permet une densité d'information que la vidéo ne peut approcher. Des études ont montré que les 35 minutes de journal télévisé empliraient à peine 4 pages d'un quotidien. L'information "rich-media" reste généralement superficielle par rapport à son équivalent textuel.
  • Le texte est lu au rythme souhaité par le lecteur. Celui ci peut lire d'abord rapidement puis approfondir la lecture des passages intéressants, revenir en arrière, lire uniquement la conclusion... La vidéo et l'animation se déroulent linéairement dans un ordre et à un rythme voulus par le concepteur. Revenir en arrière sur un passage intéressant nécessite des manipulations moins simples que celles consistant à revenir au début d'une page textuelle.
  • Avant de visualiser une information sur Internet, il faut la rechercher (cf. paragraphe suivant). Cette séquence de recherche, nécessairement chronophage du fait de la nature foisonnante du net, nécessite une concentration et une posture active de l'utilisateur qui l'oblige à se rapprocher de l'écran. Or du fait de la faible résolution des écrans vidéo, les séquences animées paraissent moins parfaites, moins "lisses" de près que de loin. Il en résulte (phénomène régulièrement constaté mais à ma connaissance pas démontré, j'en conviens) que visionner une vidéo ou une animation de près sur un moniteur informatique est plus fatiguant que sur une télévision à quelques mètres, à temps de consultation égal. Par conséquent, seules les séquences relativement courtes (quelques minutes maximum) seront visibles au cours d'un surf sur internet sans lassitude. Pour la vidéo à la demande ou autres produits de consommation à "durée longue", internet sera simplement utilisé comme le tuyau acheminant les informations jusqu'à la TV de l'utilisateur final.

4. Pour trouver une information sur Internet, rien ne vaudra de bonnes vieilles indications textuelles.

Tout surf sur internet peut se résumer à la succession des séquences suivantes:

  1. Recherche d'information par mots clés et/ou en "suivant une piste" vers le contenu désiré (suite de liens hypertexte)
  2. "Ingestion", consommation, acquisition de l'information recherchée.
  3. Redémarrage d'une nouvelle séquence de recherche en 1. et ainsi de suite...

L'expérience actuelle sur internet le prouve: on n'a rien trouvé de mieux que des liens hypertexte textuels, bien libellés et bien identifiés (bleu souligné) pour indiquer à un internaute la piste vers une information. Les icônes, les "trucs" clignotants ou les métaphores artistiques se révèlent bien moins performants, car souvent moins compréhensibles par le lecteur. Même le jeune public, sensé préférer les images ou les gadgets fun sur internet, préfère en fait utiliser le texte pour naviguer dans un site (cf. cette étude, citée par J.Nielsen).

Tant que les techniques de reconnaissance vocale et d'intelligence artificielle (pour interpréter les demandes orales des internautes) n'auront pas atteint une certaine maturité (et ce n'est pas pour demain, surtout pour le second volet), la lecture de liens textuels restera l'instrument privilégié pour trouver une information bien précise.

5. Que déduire de tout ceci pour imaginer que sera l'internet efficace d'après demain ?

La futurologie est un exercice périlleux, et sans doute la réalité sera-t-elle légèrement différente de ce que l'on peut imaginer aujourd'hui. mais de tout ce qui précède, on peut déduire que l'internet efficace sera composé:

1. D'un "squelette" à dominante textuelle, nécessaire pour retrouver l'information désirée, permettant d'accéder à...
2. ...Des "consommables" beaucoup plus variés qu'aujourd'hui.

Ces "consommables" pourront prendre les formes suivantes:

  • texte seul, ou illustré de simples photos, graphiques et illustrations.
  • texte enrichi de petites séquences animées (vidéo ou de type "flash") apportant des valeurs ajoutées ponctuelles
  • petites séquences animées seules (vidéoclips, comics)
  • Séquences vidéo de longue durée: dans ce cas, l'Internet ne sera qu'un outil de convoyage de données bien plus qu'un média de communication interactive et personnalisée.
  • Jeux en réseau.
  • applications informatiques en réseau (de la bureautique au commerce électronique en passant par l'e-formation...).
  • etc...

Les deux premiers types de contenus resteront très attractifs pour les utilisateurs du fait de leurs qualités intrinsèques: densité d'informations véhiculées, souplesse d'utilisation, faibles coûts de mise en œuvre et donc d'accès. Aussi que les journalistes, ou producteurs de sites personnels textuels, ou propriétaires de sites de commerce électronique "basiques" se rassurent: ils ne seront pas dépassés de sitôt.

Quant à ceux qui se spécialiseront dans la production de contenu "Rich Media", il faut leur souhaiter que les éditeurs de navigateurs progressent dans la capacité à produire des outils intégrant sans difficultés la lecture de texte, d'images fixes, et de séquences animées, de vidéos, et le passage facile de l'un à l'autre, sans recours à des plugs-ins dont le téléchargement reste une corvée, dont la plupart des utilisateurs voudront de moins en moins s'acquitter (la tendance est déjà très nette: ils mettent de moins en moins à jour leurs plug-ins). Sans quoi persistera un des freins majeurs à l'utilisabilité (donc à l'acceptation) de ces contenus par les internautes.


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