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guide du style web de l'université de yale, chapitre "page design"

A quoi sert le graphisme sur un site web

page créée le: 22/11/2000
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Résumé : Un design graphique réussi sur un site web entraîne quatre impacts positifs : identification du site, apparence professionnelle suscitant la confiance, amélioration du repérage des éléments de navigation, et valeur ajoutée au contenu textuel. En contrepartie, certaines outrances peuvent détruire ces acquis en amenant une perturbation de la qualité de la consultation des pages. Tout est affaire d'équilibre.

Qu'entendre par « design graphique » :

Il ne faut surtout pas réduire à la présence d'illustrations stricto sensu le design graphique (ou design visuel) d'un site web. Par « design graphique », il faut comprendre les éléments participant à l'impression visuelle laissée par un site au sens large :

  • gabarit général des pages,
  • présence d'illustrations (statiques ou animées) au sein du gabarit des pages ou de leur contenu,
  • design de la navigation (textuel, boutons ou icônes),
  • distinction entre les zones de chaque page,
  • couleurs de fond de page et de texte,
  • choix des polices et des tailles de caractères,
  • etc...

De plus, les principes conceptuels techniques généraux du site participent de son apparence générale : emploi restreint ou généralisé de technologies d'animation pour le contenu ou la navigation, ou au contraire prédominance du HTML textuel, conduiront à définir des identités visuelles radicalement différentes.

Le design graphique, source d'identification

Le premier rôle du design visuel est de permettre une parfaite identification du site sur lequel on se trouve, et ce même si on n'y arrive pas par la page d'accueil. Par conséquent, le logo de l'émetteur du site, sa marque, doivent être aisément repérables, en partie supérieure de la page. De plus, Les choix de couleur et de composition de page devront permettre d'éviter toute confusion entre l'apparence d'un site et celui de ses concurrents directs (identification « différentielle »). En contrepartie, une galaxie de sites appartenant à un même univers (par exemple un réseau d'hôtels indépendants mais affiliés au même réseau de vente) ont tout intérêt à unifier le « look and feel » de leur site pour mettre en avant leurs avantages communs (identification par association).

Le design graphique, source de confiance :

Sous certaines conditions, un bon design visuel peut améliorer la confiance du visiteur dans l'émetteur du site (toutes choses égales par ailleurs, cela ne suffit pas). Comment ? En prodiguant un gabarit de page constant au travers des pages et une composition rigoureuse et précise de celles ci. Un site dont la composition de page ferait trop « patchwork » ou souffrirait d'imprécisions graves verrait son potentiel de diffusion de confiance sérieusement entamé : un site au look professionnel véhiculera plus facilement une image professionnelle de la société qui l'édite.

Ci dessous, un exemple d'imprécision du design qui fait "tâche", pris sur une ancienne version d'un site de vente de mobilier, fort heureusement modifié depuis: des textes qui se chevauchent.


des textes qui se chevauchent:
les promoteurs du site sont ils professionnels dans leur démarche ?

Patrick Lynch, dans ce chapitre du "web style guide" de Yale University, décrit assez précisément les règles à respecter pour donner à vos pages un aspect professionnel.


Le design graphique, source d'ergonomie :

Ce point est essentiel : un bon design graphique doit permettre de repérer facilement les choix de navigation offerts à l'internaute, et de distinguer clairement les zones dédiées au contenu des zones "fonctionnelles" :

  • navigation « contextuelle » (c'est à dire en rapport avec le contenu, par exemple les « liens associés »)
  • navigation structurelle (les liens qui seront invariants tout au long du site, qui servent de repère permanent à l'internaute)
  • moteur de recherche
  • fonctions supplémentaires liées à une page (ex : le panier d'achat, l'envoi de la page à une relation, etc... )

Trop de sites rendent difficile cette distinction par des mauvais choix de polices, de contraste entre fond et texte, par un mauvais design des boutons, etc...

De plus, certains sites, en voulant « en mettre trop » sur chaque page, rendent la navigation peu compréhensible et réduisent considérablement l'espace-écran dédié au contenu. Mettre en valeur le contenu et simplifier la navigation suppose, au contraire, de s'en tenir à un nombre raisonnable de zones fonctionnelles. Les pages ou les choix de navigation sont les plus nombreux doivent être dédiées à cela (ex : yahoo et de nombreux portails) et dans ce cas, les choix de navigation deviennent le contenu du site : la navigation devient alors très "contextuelle" et donc efficace. (cf veblog, comment naviguent les internautes)

Quand le design graphique donne plus de force aux contenus

Ce point est crucial sur la plupart des sites de commerce électronique : pour vendre un produit, la description n'est pas suffisante, il faut souvent le montrer. Force est de constater que les photos censées faire vendre les produits sont parfois médiocres. Une bonne photo doit non seulement être agréable à regarder, mais doit donner une bonne idée de la taille et de l'aspect matériel du produit (toucher, « grain ») lorsque ce produit n'est pas complètement standardisé comme une boite de conserve. Ci dessous, un excellent exemple, dans lequel les matériaux sont bien rendus, et les éléments "connus" comme le clavier et la souris donnent une idée de la taille de l'élément principal, le "cube". (pris sur apple.com)


comme toujours sur le site d'apple, la photo est excellente

L'illustration peut souvent être un excellent complément de l'information textuelle : une bonne image vaut mieux qu'un long discours. Un exemple souvent donné (cité par Edward Tufte, grand maître de la communication visuelle) est ce dessin de Charles Minard retraçant la progression de la grande armée lors de la campagne de Russie en 1812 :

Ce graphique communique un nombre impressionnant d'informations de façon parfaitement intelligible et compréhensible en un coup d'œil. Essayez d'imaginer la même image sous forme de texte : La longue litanie des pertes de la grande armée au fur et à mesure des batailles serait sans doute fastidieuse et pas réellement mémorisable. De même les indications géographiques sur son parcours seraient sans doute inintelligibles.

Lorsque une photo, un schéma, un dessin, ou trois scènes de bande dessinée illustrent en un coup d'oeil des concepts difficiles à décrire en mode textuel, alors le procédé vaut d'être employé.

Le coté obscur du design graphique : source de perturbation

Mal utilisé, le design graphique d'un site peut annihiler les bons côtés vus précédemment en détériorant l'expérience utilisateur :

  • détérioration du confort d'utilisation : La plupart des internautes accèdent à internet par modem, et il en sera ainsi pendant encore quatre ans (40 à 60% des internautes utiliseront encore une liaison téléphonique pour accéder au net en 2004, d'après plusieurs instituts de prévision). Utiliser trop d'images mal compressées ralentit le chargement des pages et conduit à accroître le taux d'abandon des pages en cours de chargement. Les internautes sont impatients et tendent à l'être de plus en plus : les sites trop longs à charger sont condamnés une certaine marginalité, sauf si leur contenu est particulièrement exclusif et indispensable (ce qui est rare...).

Cela signifie-t-il que dans quelques années, l'on pourra « se lâcher » et enluminer toutes les pages web pour en faire des œuvres d'art, lorsque la capacité du réseau rendra ces questions de poids des images secondaire ? Hélas pour les esthètes, il n'en est rien. La surcharge graphique amène d'autres perturbations :

  • perturbation par la fatigue : des choix de couleurs trop vives, des contrastes trop brutaux (caractères verts sur fond rouge) ou au contraire trop mous (caractères marron clairs sur fond blanc « cassé »), ou encore trop d'animations sur les pages vont engendrer une fatigue visuelle rapide de l'internaute, qui ne sera pas ainsi incité à approfondir sa navigation sur le site. De plus, trop de richesse colorimétrique finit par contrarier la lecture des pages.
  • la multiplication excessive des signaux ("bruit de fond visuel") : Trop d'images, spécialement trop d'images animées, non directement reliées au contenu, réduisent les facultés de bien percevoir les informations utiles. Des études dans lesquelles des caméras suivaient le mouvement des yeux de l'internaute ont montré que celui ci recherche prioritairement le texte qui l'intéresse lorsqu'il arrive sur une page. Aussi si ces renseignements textuels sont noyés au milieu d'autres signaux visuels, l'internaute risque-t-il de ne pas les voir par effet de saturation.

Toutefois, Il convient de préciser que l'internaute développe assez vite des réflexes de défense contre ces perturbations visuelles : la même étude a montré que celui ci ignore spontanément tout ce qui s'apparente à une bannière de publicité (même si ce n'en est pas...) dans les pages qu'il visite. Malgré tout, la présence d'images animées trop étroitement imbriquées dans le contenu constitue une réelle barrière à la visibilité des informations.

Les images hors contenus doivent donc être limitées au maximum : l'identification, le look professionnel des pages et la clarification entre zones décrites précédemment doivent s'opérer avec un minimum de recours au graphisme. La sobriété est un facteur souvent déterminant de l'utilisabilité d'un site, et donc de la qualité de l'expérience vécue par l'utilisateur.

  • les images non compréhensibles ou induisant en erreur: une des principales erreurs que commettent certains concepteurs de sites web est de s'en remettre à des icônes pour suggérer une navigation vers certaines parties du site. En effet, la signification des icônes laisse une large place aux interprétations individuelles, et par conséquent, il y a un risque important que de nombreux utilisateurs n'associent pas à une image ce que son utilisateur avait prévu pour elle. Cela est particulièrement vrai lorsqu'un site essaie de remplacer des « standards de faits » de l'interface utilisateur (comme les ascenseurs dans les barres de défilement) par ses propres éléments d'interface graphique (fréquent sur les sites en flash) : le fonctionnement du site devient alors difficile à comprendre pour l'internaute, ou pire, induit des erreurs d'interprétation : rien n'est pire, pour un internaute, de croire que son clic va provoquer une action, et qu'une autre se produise. De même, un visiteur n'aime pas cliquer sur un lien et se retrouver sur une page différente de celle qu'il attendait : une étude de J.Spool a montré que de tels sites accroissaient chez les utilisateurs la sensation de perte de temps.

D'une façon générale, il semble que tant en terme de facilité de perception, qu'en terme d'efficacité, la hiérarchie des meilleures façons de créer des liens soit la suivante :

  1. liens textuels bleus soulignés (parfaitement standard - l'efficacité dépend de la qualité du texte)
  2. liens textuels soulignés d'une couleur différente du texte, non bleus
  3. boutons textuels ou liens textuels bleus non soulignés
  4. liens textuels soulignés de même couleur que le texte (assez perturbants)
  5. liens textuels non bleus non soulignés (à éviter)
  6. liens en icônes fixes avec un rappel textuel (classement variable selon la qualité du texte)
  7. liens en icônes fixes sans texte (à éviter absolument )
  8. liens par gifs animés (à proscrire)

Conclusion : comment inclure des éléments de design visuel dans votre site.

Comme pour chaque élément de votre projet web, vous devez faire preuve de rigueur quant à l'intégration des éléments de charte graphique dans votre site web. Pour chacun d'entre eux, vous devrez vous poser les questions suivante :

Ce choix graphique contribue-t-il fortement à :

  • identifier l'émetteur du site ?
  • donner une apparence professionnelle au site ?
  • clarifier les différentes zones de contenu et fonctionnelles des pages du site ?
  • donner une place suffisante au contenu ?
  • illustrer intelligemment le contenu ?

Pour chaque élément, vous devrez aussi vous demander s'il n'est pas source de perturbation :

  • par le temps de chargement qu'il nécessite,
  • par la fatigue visuelle engendrée,
  • par la multiplication des signaux,

et vous devrez déterminer si sa signification est compréhensible de façon identique par toute personne, et n'induira pas l'internaute en erreur.

Vous devrez à chaque fois retenir des solutions qui maximisent les avantages et diminuent les inconvénients. Si un élément graphique ne reçoit aucune réponse franchement positive aux cinq premières questions, alors considérez le comme une perturbation et bannissez le de votre design. D'expérience, ce sont les partis pris les plus sobres et simples (sans être simplistes) qui donnent les meilleurs résultats. Voici deux exemples à mon avis réussis : grenouille.com, service-public.fr

Et n'oubliez pas qu'une fois ces choix faits, seul un véritable test utilisateur (cf.veblog, pourquoi et comment tester votre site) vous permettra de savoir s'ils ont été pertinents. Une conception excellente sur le papier peut se révéler mauvaise vue de l'utilisateur, même si vous croyez avoir mis tous les atouts méthodologiques de votre côté. Trouver le bon compromis entre apparence visuelle et efficacité du design peut être une démarche nécessitant plusieurs tâtonnements avant de parvenir à l'équilibre idéal.


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