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Libération,
la détresse des nouveaux internautes

Dossier "ergonomie" sur le journal du net (lien a pérennité non garantie, la politique du JDN en la matière étant fluctuante)

bons sites d'acquisition culturelle
axance (fr)
useit (us)
goodexperience (us)
webword (liens quotidiens vers de bons articles sur l'expérience utilisateur)
le journal du net (fr)

Trouver un bon prestataire pour votre site web: une tâche difficile

page créée le: 12/08/2000
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Résumé: La qualité moyenne des prestataires opérant dans l'internet est d'une insigne médiocrité, et l'amélioration est lente. Dans ces conditions, il n'est pas vain de donner aux maîtres d'ouvrage, qui n'ont pas toujours joué leur rôle efficacement, des conseils pour sélectionner un bon partenaire.

Un état de lieux alarmant

Une journée de surf sur le web suffit à tout observateur avisé pour comprendre que le niveau de qualité général de l'internet est faible: la plupart des sites échouent à aider les internautes à atteindre les objectifs qu'ils se fixent, au point que malgré la profusion de sites créés, la "surf list" régulière de chaque internaute se limite à quelques dizaines de sites au bout d'un an. Une étude, relatée par Libération, le confirme : au cours de cette expérimentation, des volontaires, dont les comportements ont été suivis lors de leur découverte du Net et un an après, éprouvent majoritairement un sentiment de frustration. Pour eux, l'internet ne tient en général pas ses promesses, l'immense majorité des sites ne les aide pas à trouver ce qu'ils sont venus chercher.

L'étude de nombreux sites avec un œil expert permet de se rendre compte rapidement pourquoi: De nombreux sites flattent l'ego de leurs maîtres d'ouvrage ou de leurs designers, mais ne sont pas conçus en fonction de leurs vrais clients, à savoir leurs visiteurs. Pauvreté informationnelle, répétition de messages publicitaires là ou l'internaute recherche des éléments objectivés pouvant l'aider à accomplir des tâches de niveau supérieur (comme un acte d'achat...), surcharge graphique ralentissant les chargements et noyant l'information utile sous un "bruit de fond visuel" envahissant, ergonomie certes "créative" mais souvent pas du tout opérationnelle pour les utilisateurs de base, ces erreurs pourtant faciles à éviter se rencontrent dans 9 sites sur 10.

Dans ces conditions, il y a lieu de s'interroger sur les compétences réelles des "web agencies" qui bâtissent ces horreurs, et de déterminer ce qui pourrait être fait pour qu'une sélection naturelle s'opère en faveur des meilleures (car il y a de très bons prestataires, heureusement)

D'ou viennent les agences de création de sites

Qu'elles se soient créées ex nihilo ou qu'elles soient des excroissances d'officines opérant dans d'autres domaines, de nombreuses agences ont recruté leurs personnels dans plusieurs secteurs:

  • La création de CD ROM.
  • L'imprimerie, les agences de presse.
  • La pub, le marketing, les agences de communication "institutionnelle".
  • Les SSII, classiques ou directement crées autour de l'internet.
  • Les SSII issues du monde du Minitel.
  • Les consultants (qui se sont souvent regroupés avec les SSII...).
  • Les spécialistes de Gestion Electronique Documentaire (GED),
  • Les spécialistes en "Human Computer Interaction", ou "ergonomie logicielle".
  • Etc...

Ces origines multiples auraient du être profitables à l'internet, de par les richesses des différentes cultures qu'elles apportent. Malheureusement, trop de prestataires sont restés "monocolores", cloisonnés sur une seule approche, et ont simplement tenté de reproduire les réflexes acquis dans leur métier de base sur internet, envisageant le web comme une extension des médias existants et non comme un nouveau canal d'interaction avec l'usager nécessitant une approche pluridisciplinaire.


Ajoutons qu'une forte majorité de ces agences, influencées par la remarquable richesse créative artistique existant en France, que "le monde entier nous envie" dans de nombreux secteurs (jeu électronique, spectacle, mode, etc...), ont privilégié une approche esthétique de la conception des sites au détriment d'une autre plus utilitaire et scientifique. Or, les internautes ont massivement plébiscité la seconde approche dans leurs habitudes de surf.

Le dernier problème tient à l'infatuation et l'autosatisfaction qui règne dans certains milieux de web-designers "créatifs" (pas tous, heureusement !), dont la capacité de remise en question n'est pas toujours le point fort. En France comme aux USA, certaines agences "branchées" (comme Kioken Interactive d'un certain Gene Na, symbole d'un certain élitisme conceptuel sur internet aux USA) se targuent de créer de nouvelles expériences chez l'internaute, de bâtir l'histoire de l'internet, d'être les Léonard de Vinci visionnaires et inspirés des nouvelles formes d'interaction entre individus et entreprises... Ces personnes ignorent souvent avec dédain les données issues de 5 ans de retour d'expérience sur ce qui marche sur internet, ou pire s'improvisent ergonomes à la petite semaine... Comme s'ils pouvaient faire mieux en deux jours de "conception créative" que des spécialistes de l'interaction homme-machine qui ont étudié les usages du web sur des centaines d'internautes, pendant plusieurs années ! Et de pondre des sites surflashés, prétentieux, etc... inutiles faute de visiteurs qui y viennent plus d'une fois. (Exemple: l'inénarrable boo.com, qui devait révolutionner le commerce en ligne et qui a fait faillite en 6 mois, faute de clients arrivant à l'utiliser !)

Souvent, les prestataires internet, même lorsqu'ils sont conscients du problème, ont des difficultés à faire respecter un équilibre des pouvoirs au sein de leurs équipes projets, où les divas de la création ont souvent tendance à vouloir imposer en force leurs vues à un monde d'ingénieurs et chercheurs aux modes de pensée trop pondérés et policés pour toujours savoir résister aux excès des "grands communicants".

En progrès ?

Heureusement, la situation semble s'améliorer. Certains responsables d'agence affirment clairement que "l'ergonomie des sites n'est pas de la responsabilité des créatifs" (voir l'interview de P.Santamaria, responsable du département design chez columbus, dans le journal du net). toutefois, là encore, force est de constater que le niveau de compétence des concepteurs en ergonomie progresse lentement. Trop confondent "ergonomie du site" et schéma de navigation (la navigation n'est qu'un élément parmi d'autre de l'ergonomie), et je suis surpris de voir que les travaux remarquables de Creative good (e-commerce holiday reports 99 & 2000, wireless report, dotcom survival guide, tous au format pdf), de Jakob Nielsen (www.useit.com, et "webdesign, la pratique de la simplicité"), De jared Spool, patrick J.Lynch et Sarah Horton, ou du laboratoire de recherche web Français axance, sont peu connus chez les créateurs de sites internet. Gageons que cela ne peut que s'améliorer.

Pas de bons prestataires sans bons maîtres d'ouvrage.

Jeter la pierre aux seuls prestataires serait injuste: si le web d'aujourd'hui est si médiocre, les acheteurs de site en portent une lourde part de responsabilité.

  • Le poids de certains préjugés est extrêmement lourd. Ainsi, de nombreux prestataires se voient d'office demander "des sites en flash qui en imposent" parce que leur client a vu le même chez leur concurrent et qu'il pense que l'image visuelle ou technologique de leur site sera l'élément déterminant de la construction de son image de marque ("branding") en ligne. Ce grave contresens (je prépare un article sur ce qu'est le branding en ligne, pour une prochaine mise à jour !) est à l'origine de nombreux sites dont la philosophie se rapproche de la plaquette de luxe mais ou la valeur ajoutée servie au client final est faible, d'où des audiences décevantes. Certains prestataires tentent de dissuader les acheteurs d'adopter de telles philosophies, mais ils ne peuvent pas trop contrarier les désirs de leurs clients si ceux ci n'ont pas d'oreilles !
  • Une autre erreur fréquente des maîtres d'ouvrage est de croire qu'ils sont légitimes pour penser à la place de leurs clients. Le résultat est souvent mauvais: l'absence de test de leur site sur de vrais utilisateurs, et le choix de maquettes en comité de direction interne conduisent à privilégier des sites qui flattent l'ego du décideur mais sans que le service au client corresponde réellement à ses attentes.
  • Une troisième difficulté rencontrée par les maîtres d'ouvrages est la croyance selon laquelle il faut "agir vite à tout prix". La règle du "first mover advantage", diffusée par de nombreux pseudo-experts, a fait oublier qu'il ne servait à rien d'être les premiers sans être les meilleurs. Aussi certains prestataires, confrontés à des calendriers de mise en production trop serrés, sont ils contraints de bâcler certaines phases de réflexion.
  • Enfin, les acheteurs de sites ne pensent pas toujours à se doter d'une assistance à maîtrise d'ouvrage (AMO) indépendante du prestataire, et ne se donnent pas toujours les moyens (temps, acquisition de connaissances culturelles de sources scientifiques ou expérimentales) d'exercer une maîtrise d'ouvrage active.

Là encore, la situation progresse à grands pas: les premiers retours statistiques ont forcé les entreprises à approfondir leur réflexion sur ce qu'attendaient leurs prospects sur internet, les exigences financières des investisseurs sont beaucoup plus pressantes, et l'expérience parfois douloureuse de sites produits dans de mauvaises conditions a forcé les directions opérationnelles à mieux intégrer l'activité internet avec les autres processus de l'entreprise, quitte à refondre une partie de ces derniers, afin d'améliorer les services réellement rendus aux clients via cette nouvelle interface. Gageons que c'est la progression du management des projets internet par les maîtres d'ouvrages qui forcera la sélection à s'opérer entre les bons et les mauvais prestataires.

Conseils pratiques pour sélectionner un bon prestataire.

1. Acquisition culturelle: Prenez le temps, en surfant sur des pages consacrées aux retours d'expérience sur internet, scientifiquement analysés, d'acquérir la culture de base nécessaire à l'exercice d'une maîtrise d'ouvrage active. (cf. liste de liens associés)

2. "Prêchez le faux..." : Face à un prestataire, lors de vos contacts préalables à "l'embauche", n'étalez pas cette culture de prime abord. Prêchez le faux pour savoir si le prestataire partage vos référents culturels. Par exemple, lancez le mollement sur Flash, par une phrase comme "j'ai vu que machin avait sorti un site utilisant la technologie flash, pensez vous que ce puisse être une piste intéressante pour nous ?", et étudiez son discours de réponse. S'il vous embarque sur des considérations comme "flash, élément d'enrichissement de l'expérience multimédia de l'internaute, flash vecteur d'image", et/ou s'il embraye sur le streaming vidéo et autres technologies faussement de pointe comme éléments susceptibles d'enrichir votre site, virez le. Ou bien il est mauvais, ou bien il brosse son client dans ce qu'il croit être le sens du poil, et un prestataire carpette ne vous sera d'aucune utilité en terme de conseil. En revanche, s'il résiste à votre question en attirant votre attention sur les mauvais résultats des sites flashés vis à vis des internautes, s'il émet des réserves quant à l'emploi de flash ou affirme que cette technologie nécessite un emploi dans un cadre limité et rigoureux, alors vous êtes sur une bonne piste... Et ô miracle, s'il embraye spontanément sur des concepts comme l'utilisabilité ou l'expérience-client, s'il fait l'apologie des sites sans fioritures, alors étudiez sa candidature avec intérêt.

3. Testez son approche pluri-culturelle du site internet : son discours est il trop publicitaire, marketing ? trop Techniciste ? Là encore, lancez des ballons d'essai par des questions vagues, si possible allant à l'opposé de ce que vous jugez être la bonne direction, mais pas trop "volontaires" pour ne pas brider la sincérité de la réponse du prestataire (n'oubliez pas que dans des approches préalables au projet, celui ci aura la crainte de vous froisser et risque de ce fait de vous donner de mauvais conseils en pleine connaissance de cause). Les éléments qui doivent apparaître dans son discours sont l'intégration du site internet avec les autres fonctions de l'entreprise, la maintenance du site, les transferts de compétence, les éléments de service au client induits par votre présence sur internet (ex: le respect des délais, la réponse à la messagerie, les garanties faites au consommateur, etc...), le management du projet, votre capacité à créer des contenus apportant une authentique valeur ajoutée, la mise en valeur des ressorts positifs de votre offre... Ces éléments comptent tout autant que le discours qu'il peut tenir sur l'apparence finale du site.

4. Test de son travail : Accepte-t-il (ou propose-t-il...) de bonne grâce, sans que vous l'ayez suggéré de façon trop directive, que vous fassiez tester le site qu'il créera par un laboratoire de test tiers, et ce en cours de développement (cf. comment et quand tester votre site, sur veblog) ? ou propose-t-il plutôt de recourir à des focus groups, propose-t-il de tester le site après son lancement ? Quelle est sa culture du test utilisateur ? s'il refuse ou résiste à toute idée de test-utilisateur extérieur ("nous savons ce qui est bon pour vous"), attention, danger.

5. Références : Analysez ses références avec la plus grande prudence. Essayez d'en savoir plus sur les résultats réels des sites qu'il présente. Accepte-t-il de présenter des contre-références, des sites où il s'est "planté", et en a-t-il tiré des leçons ? donne-t-il facilement des contacts précis au sein des entreprises clientes ? Si oui, alors interrogez ces références de vive voix.

6. Suivi : enfin, une fois la perle rare trouvée, faites lui confiance, ne lui imposez pas de choix trop rigides, sinon il ne pourra faire jouer sa qualité de conseil. mais exercez un suivi très actif de ses travaux et si vous notez toute dérive par rapport aux principes d'efficacité ci avant évoqués, n'hésitez pas à la souligner et à faire réaliser les corrections nécessaires.

Ainsi, vous sélectionnerez un candidat ayant des chances sérieuses de vous faire une bonne proposition, et vous participerez à l'élimination des mauvais éléments du marché des prestataires de l'internet, contribuant à l'amélioration de l'expérience globale vécue par les internautes, et donc à la croissance de ce secteur d'activité encore très prometteur.


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