|
Il
ne faut pas confondre le produit et la boutique
!
Les
utilisateurs ne viennent pas dans un site pour le
site lui même mais pour son contenu ou ses
fonctionnalités. Le design des produits
exposés peut donc parfois les faire vendre
(cf. ci dessus), mais pas celui du site. De
même, dans le monde réel, une grande
part des biens de consommation est vendue dans des
grandes surfaces furieusement similaires (et
généralement laides), même la
plupart des boutiques de quartier ne
s'écartent pas des standards de leur
profession, la différenciation
esthétique se jouant au niveau du
détail, de l'ordre, de la propreté,
etc...
Dans
le monde réel, la différenciation
esthétique est source de visibilité.
Pas sur le web.
Un
collègue me citait l'exemple d'un livre
édité par sa société
qui avait vu ses ventes bondir de 400% parce que la
couverture un peu terne avait été
remplacée par une autre plus "flashy". Il en
déduisait que "l'apparence fait vendre,
c'est sûr "!
Pas
exactement. Dans ce cas précis, la
couverture a permis aux acheteurs de distinguer ce
livre de la masse dans les rayons. Mais ensuite, ce
sont des qualités intrinsèques du
livre qui l'ont vendu: résumé
intéressant, impression laissée par
le style de la première page,
réputation des auteurs, qualité du
titre, etc... L'esthétique a
été un vecteur de
visibilité.
Sur
le web, votre site ne sera pas visible (i.e.
repérable) parce qu'il sera beau, il le sera
parce que les moteurs de recherche le
connaîtront, que de nombreux autres sites
auront placé vers lui des liens, que la
presse en aura parlé, qu'il y aura une
campagne de pub réussie...
L'esthétique de votre site ne lui apportera
aucun avantage concurrentiel en terme de
visibilité.
Alors,
le design des pages web peut-il améliorer
l'expérience utilisateur ?
Oui,
trois fois oui !! pour ce faire, un design web doit
essayer d'être source
d'"utilisabilité". Les règles de base
de l'ergonomie des interfaces nous apprennent que
le design doit:
- Permettre
une bonne différenciation entre les
zones consacrées à
l'identification (logos, noms...), la
navigation, les contenus, et les zones de saisie
(formulaires). Cette différenciation peut
être sobre, et utiliser les
différences de couleurs, de polices
(style, taille), l'encadrement de certaines
zones, etc...
- Réserver
la proportion la plus importante possible de
l'espace écran au contenu, car c'est
pour cela que l'utilisateur vient d'abord sur un
site.
- Respecter
les standards visuels du web (par exemple:
logo en haut à gauche, liens
soulignés en bleu, liens visités
en violet, etc...). Ainsi, l'utilisateur, qui,
rappelons le, passe l'essentiel de son temps sur
d'autres sites que le votre, n'a pas à
réapprendre des principes d'utilisation
différents en arrivant sur votre site.
"zero learning time or die" (J.Nielsen, the end
of web design)
- Être
lisible. Une police suffisamment grande, pas
trop "tarabiscotée", un bon contraste
fond-police sont essentiels.
- Être
cohérent tout au long du site. Cette
persistance est source de réduction du
temps d'apprentissage, et de mise en confiance
de l'internaute, pour qui la présence
d'éléments permanents est
sécurisante.
- Réduire
l'effort que l'internaute doit fournir pour
assimiler le contenu. Cela suppose de
réduire les éléments de
perturbation situés dans les autres
zones: animations, graphismes "baroques",
intrusions graphiques gratuites dans les zones
de contenu, rollovers injustifiés,
couleurs trop fatigantes, etc...
- Et,
bien sûr, réduire les temps de
chargement (moins de 8 secondes/30Ko par
page, voire "11
règles de base pour dessiner des sites
faciles à
utiliser")
De
ces deux derniers points, il découle que
toute surenchère esthétique est de
nature à détériorer
l'expérience utilisateur, en rendant les
sites:
- plus
longs à charger
- plus
difficiles à assimiler
De
plus, tous les critères ci dessus
relèvent du design ergonomique, dont les
règles se fondent sur une approche
scientifique de l'étude des besoins du
client, et non du design "artistique", fondé
sur l'esthétique pure et le "feeling" du
concepteur.
Le
graphisme dans le contenu:
Si
vous vendez des produits dont le design est une
caractéristique importante, vous devrez
sacrifier quelques précieux kilo-octets pour
en afficher des photographies. Dans le cas d'une
offre au design fort, mettre en valeur ce design
est un plus incontestable.
Raison
de plus pour ne pas surcharger de dessins,
photographies et autres rollovers les zones hors
contenu de vos pages ! Vous devez
réserver tout surcroît de "charge"
graphique" au contenu, et uniquement lorsque
cela lui ajoute une valeur indiscutable.
Un
web efficace est il forcément "ennuyeux" ?
Lorsque
j'expose de tels principes, les designers issus des
arts graphiques me disent que je fais l'apologie
d'un web uniformisé et ennuyeux. Mais dans
tous les domaines du monde réel, les
stylistes et les designers doivent respecter des
règles strictes, et arrivent quand
même à produire des résultats
surprenants (cf. le début de cet article).
Victor Hugo et Michel Audiard respectent les
principes fondamentaux de la langue
française, leurs verbes respectifs n'en
restent pas moins très
différenciés et hauts en couleurs. Le
respect des standards de l'ergonomie des interfaces
web ne réduit pas les possibilités de
créer des designs différenciés
et plaisants. Mais dans tout métier, il faut
admettre qu'il y a des contraintes dictées
par les désirs du client final, pas par les
envies des producteurs. Le web n'échappe pas
à cette réalité
première du commerce.
De
plus, les utilisateurs "moyens" n'ont pas la
même perception de ce qui est "ennuyeux" ou
pas, que les minorités des mondes
publicitaire et artistique. En interrogeant de
nombreux utilisateurs après qu'ils
aient utilisé des sites, Jared Spool a
constaté une très nette
corrélation entre le jugement qualitatif des
utilisateurs sur le design des sites
visités, et la capacité desdits sites
à leur permettre d'atteindre facilement
leurs objectifs de visite. Les sites jugés
les plus "réussis" (pas forcément
"beaux", mais jamais "laids"...) en terme de design
étaient le plus souvent ceux qui
obéissaient scrupuleusement aux principes de
l'utilisabilité.
Conclusion
Les
web-designers doivent s'y résoudre: le
design web est une question
d'ingéniérie bien avant d'être
artistique ou esthétique. En tant que chef
de projet, si vous devez arbitrer entre des choix
graphiquement évolués (qui font
rêver en démo...) et des choix plus
sobres privilégiant la facilité
d'utilisation, privilégiez toujours les
seconds: votre résultat net n'en sera que
meilleur.
|