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11 règles pour dessiner des sites faciles à utiliser

l'expérience-utilisateur, clé du succès sur Internet.

ailleurs sur le web
Jakob Nielsen,
"
the end of web design"

David Walker, "asking for science, receiving art"

Jared Spool, le livre

Web design : l'ingéniérie passe avant l'art

page créée le: 30/09/2000
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Résumé: l'idée communément répandue selon laquelle sur le web, les sites privilégiant la beauté plastique sont supérieurs aux autres est un grave contresens propagé par nombre de web-designers. Beaucoup plus que l'esthétique, ce sont les questions d'ingéniérie du design qui sont essentielles pour créer des expériences-utilisateur de qualité, et donc des sites profitables.

Dans "l'expérience-utilisateur, clé du succès des sites internet", je ne mentionne pas, parmi les quatre critères qui fondent une expérience utilisateur de qualité, l'esthétique ou la beauté du design des sites. Je m'en tiens à l'utilité, l'utilisabilité, la confiance, le service. Cela m'a valu quelques réactions d'étonnement. En effet, l'idée comme quoi l'esthétique "plastique" des sites web est essentielle dans leur succès est largement répandue et acceptée, tant chez les concepteurs que dans les services de communication. Voyons pourquoi l'importance de l'esthétique pure d'un site est surestimée.

Dans le monde réel, l'avantage concurrentiel lié au design est très surestimé aussi !

Bien que cela aille à contre-courant des idées généralement admises, la différenciation par le design est une source de ventes assez secondaire dans le monde réel.

Je vois d'ici les réactions incrédules de certains en lisant ceci. "comment, mais le design fait vendre, c'est bien connu !"... Et les exemples de pleuvoir: l'alfa 156 (Automobile), l'Imac d'apple (informatique), l'aspirateur Dyson, etc... Décortiquons ces exemples:

L'alfa 156 est un indéniable succès commercial et une des rares voitures "de prix normal" que l'on remarque aisément dans la circulation. Toutefois, notons que son designer, pour génial qu'il ait été, a respecté des règles extrêmement strictes et ultra classiques dans la conception générale du véhicule (forme, dimensions, cellule habitable, etc...). Ce sont des détails qui ont fait la différence. De plus, la voiture s'est aussi vendue sur ses autres qualités: moteur, comportement routier enfin correct pour une alfa, etc... L'esthétique géniale n'a pas tout fait.

Plus important, l'alfa 156 reste une voiture très marginale en terme de ventes de voitures moyennes. La majorité de la production automobile de ce secteur (406, vectra, passat, laguna...) se distingue surtout par l'affligeante banalité de son design. L'essentiel des voitures sont dessinées surtout pour ne choquer personne, et le talent des dessinateurs consiste à concevoir des produits standardisés, tout juste différenciables visuellement, mais satisfaisant à d'autres critères favorisant l'expérience utilisateur: coffre, habitabilité, faible résistance à l'air (performances, consommation), etc...

La même analyse s'applique totalement à l'imac ou au Dyson: ces deux succès commerciaux, fondés en partie (mais pas seulement) sur leur design, ne doivent pas faire oublier que 95% des ordinateurs vendus sont d'horribles machines beiges visuellement proches, et que la plupart des aspirateurs vendus ont l'air quasi identiques sur les rayons d'électroménager.

Le Design différencié fait vendre, mais uniquement des produits "de niche". Les produits vendus en masse sont au contraire extrêmement banals et standardisés.


Il ne faut pas confondre le produit et la boutique !

Les utilisateurs ne viennent pas dans un site pour le site lui même mais pour son contenu ou ses fonctionnalités. Le design des produits exposés peut donc parfois les faire vendre (cf. ci dessus), mais pas celui du site. De même, dans le monde réel, une grande part des biens de consommation est vendue dans des grandes surfaces furieusement similaires (et généralement laides), même la plupart des boutiques de quartier ne s'écartent pas des standards de leur profession, la différenciation esthétique se jouant au niveau du détail, de l'ordre, de la propreté, etc...

Dans le monde réel, la différenciation esthétique est source de visibilité. Pas sur le web.

Un collègue me citait l'exemple d'un livre édité par sa société qui avait vu ses ventes bondir de 400% parce que la couverture un peu terne avait été remplacée par une autre plus "flashy". Il en déduisait que "l'apparence fait vendre, c'est sûr "!

Pas exactement. Dans ce cas précis, la couverture a permis aux acheteurs de distinguer ce livre de la masse dans les rayons. Mais ensuite, ce sont des qualités intrinsèques du livre qui l'ont vendu: résumé intéressant, impression laissée par le style de la première page, réputation des auteurs, qualité du titre, etc... L'esthétique a été un vecteur de visibilité.

Sur le web, votre site ne sera pas visible (i.e. repérable) parce qu'il sera beau, il le sera parce que les moteurs de recherche le connaîtront, que de nombreux autres sites auront placé vers lui des liens, que la presse en aura parlé, qu'il y aura une campagne de pub réussie... L'esthétique de votre site ne lui apportera aucun avantage concurrentiel en terme de visibilité.

Alors, le design des pages web peut-il améliorer l'expérience utilisateur ?

Oui, trois fois oui !! pour ce faire, un design web doit essayer d'être source d'"utilisabilité". Les règles de base de l'ergonomie des interfaces nous apprennent que le design doit:

  • Permettre une bonne différenciation entre les zones consacrées à l'identification (logos, noms...), la navigation, les contenus, et les zones de saisie (formulaires). Cette différenciation peut être sobre, et utiliser les différences de couleurs, de polices (style, taille), l'encadrement de certaines zones, etc...
  • Réserver la proportion la plus importante possible de l'espace écran au contenu, car c'est pour cela que l'utilisateur vient d'abord sur un site.
  • Respecter les standards visuels du web (par exemple: logo en haut à gauche, liens soulignés en bleu, liens visités en violet, etc...). Ainsi, l'utilisateur, qui, rappelons le, passe l'essentiel de son temps sur d'autres sites que le votre, n'a pas à réapprendre des principes d'utilisation différents en arrivant sur votre site. "zero learning time or die" (J.Nielsen, the end of web design)
  • Être lisible. Une police suffisamment grande, pas trop "tarabiscotée", un bon contraste fond-police sont essentiels.
  • Être cohérent tout au long du site. Cette persistance est source de réduction du temps d'apprentissage, et de mise en confiance de l'internaute, pour qui la présence d'éléments permanents est sécurisante.
  • Réduire l'effort que l'internaute doit fournir pour assimiler le contenu. Cela suppose de réduire les éléments de perturbation situés dans les autres zones: animations, graphismes "baroques", intrusions graphiques gratuites dans les zones de contenu, rollovers injustifiés, couleurs trop fatigantes, etc...
  • Et, bien sûr, réduire les temps de chargement (moins de 8 secondes/30Ko par page, voire "11 règles de base pour dessiner des sites faciles à utiliser")

De ces deux derniers points, il découle que toute surenchère esthétique est de nature à détériorer l'expérience utilisateur, en rendant les sites:

  • plus longs à charger
  • plus difficiles à assimiler

De plus, tous les critères ci dessus relèvent du design ergonomique, dont les règles se fondent sur une approche scientifique de l'étude des besoins du client, et non du design "artistique", fondé sur l'esthétique pure et le "feeling" du concepteur.

Le graphisme dans le contenu:

Si vous vendez des produits dont le design est une caractéristique importante, vous devrez sacrifier quelques précieux kilo-octets pour en afficher des photographies. Dans le cas d'une offre au design fort, mettre en valeur ce design est un plus incontestable.

Raison de plus pour ne pas surcharger de dessins, photographies et autres rollovers les zones hors contenu de vos pages ! Vous devez réserver tout surcroît de "charge" graphique" au contenu, et uniquement lorsque cela lui ajoute une valeur indiscutable.

Un web efficace est il forcément "ennuyeux" ?

Lorsque j'expose de tels principes, les designers issus des arts graphiques me disent que je fais l'apologie d'un web uniformisé et ennuyeux. Mais dans tous les domaines du monde réel, les stylistes et les designers doivent respecter des règles strictes, et arrivent quand même à produire des résultats surprenants (cf. le début de cet article). Victor Hugo et Michel Audiard respectent les principes fondamentaux de la langue française, leurs verbes respectifs n'en restent pas moins très différenciés et hauts en couleurs. Le respect des standards de l'ergonomie des interfaces web ne réduit pas les possibilités de créer des designs différenciés et plaisants. Mais dans tout métier, il faut admettre qu'il y a des contraintes dictées par les désirs du client final, pas par les envies des producteurs. Le web n'échappe pas à cette réalité première du commerce.

De plus, les utilisateurs "moyens" n'ont pas la même perception de ce qui est "ennuyeux" ou pas, que les minorités des mondes publicitaire et artistique. En interrogeant de nombreux utilisateurs après qu'ils aient utilisé des sites, Jared Spool a constaté une très nette corrélation entre le jugement qualitatif des utilisateurs sur le design des sites visités, et la capacité desdits sites à leur permettre d'atteindre facilement leurs objectifs de visite. Les sites jugés les plus "réussis" (pas forcément "beaux", mais jamais "laids"...) en terme de design étaient le plus souvent ceux qui obéissaient scrupuleusement aux principes de l'utilisabilité.

Conclusion

Les web-designers doivent s'y résoudre: le design web est une question d'ingéniérie bien avant d'être artistique ou esthétique. En tant que chef de projet, si vous devez arbitrer entre des choix graphiquement évolués (qui font rêver en démo...) et des choix plus sobres privilégiant la facilité d'utilisation, privilégiez toujours les seconds: votre résultat net n'en sera que meilleur.


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